Black n White stuff

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(j’avais pas de meilleure idée pour le titre)

Voilà mes derniers gribouillages en date.

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Misérable

J’avais évoqué vaguement Lucius, il y a quelques articles. Un gamin qui me paraît passionnant, n’est-ce pas. En somme, un de mes personnages préférés. Et qu’est-ce qu’on fait à ses personnages préférés ? 🙂

BAH ON LES FAIT SOUFFRIR. NATURELLEMENT, MA BONNE DAME.

J’espère que ce petit one-shot vous plaira ! Il spoile la BD Seuls, donc faites attention.


Il laisse l’eau couler entre ses doigts, attendant fébrilement que son contact trop tiède soit remplacé par la fraîcheur dont il a besoin et, quand c’est fait, il s’en asperge immédiatement le visage. C’est apaisant, brièvement. Il faut encore deux ou trois poignées d’eau de la sorte avant qu’il se décide à arrêter. Il évite le miroir des yeux – il a peur de ce que son reflet risque de lui renvoyer.

Mais le mal de crâne persiste, ses mains s’agrippent nerveusement au rebord de l’évier. Il lui faut un effort de concentration inhabituel pour se rappeler qu’il faut éteindre le robinet.

J’ai tellement à faire, songe-t-il obstinément, pour chasser les tremblements, mais son corps refuse tout raisonnement. Ce corps insupportable de gosse, c’est lui qui éjecte la pensée, la rendant aussi négligeable et inutile qu’un caprice. Il titube vers le mur et s’appuie contre celui-ci, ses mains glissant contre les carreaux blancs et lisses qui le parsèment. Ses doigts frôlent sans y penser les figures qui y sont gravées, des générations au cycle brisé d’enfants qui se suivent à la file indienne. Ni leur vie, ni ses maux n’ont de fin, dans ce monde où tout persiste à demeurer.

Sa respiration devient complètement folle, se jouant de lui comme le reste. Il en hurlerait, s’il pouvait, mais le seul son qui lui échappe est une plainte, et le seul témoignage de douleur la pointe de larme qui effleure sa joue et s’en va mourir dans le creux de son cou.

« Je suis désolé.

Je suis désolé pour tout ce que je vous ai fait. Je vous demande pardon. J’ai commis tellement d’erreurs, vous n’avez pas idée. Tous ces gens que j’ai cassés en deux, du bout du pouce, comme si c’était rien… »

Il articule cela à voix haute, étourdi par ce débordement, mais celui-ci continue, il n’y a pas moyen qu’il s’arrête, aucun.

« Je suis fatigué.

Je ne veux pas dire ça pour vous apitoyer ou vous faire changer d’avis. Je sais que je suis censé tenir le coup, que je suis censé résister à la tempête, ça ne devrait pas être autorisé, aux gens comme moi, de plier sous les fardeaux, mais je n’en peux plus. J’ai… j’ai vécu tellement de temps avec l’impression de pouvoir faire quelque chose, mais maintenant que je vois mon existence s’étirer et les choses dont je me croyais maître m’échapper peu à peu, je me sens tellement misérable. Il n’y a pas que dans les tragédies que notre destin nous échappe. Ce n’est pas aux ultimes moments d’une horreur ficelée que l’on comprend cela. Ici, le tragique, c’est une affaire de tous les jours. »

Bientôt, les murailles cèdent. Un absolu qui s’effondre, voilà ce qu’est le garçon qui pleure, terré dans cette salle vide, cherchant désespérément le silence dans sa tête. Le trouble le frôle à peine, à l’idée qu’on puisse le découvrir aussi déchiqueté, à genoux, implorant des forces qui l’ignorent. Il n’est pas n’importe qui. Ce n’est pas ici sa place. Il le sait, il le sait bien, tout le monde le sait ! mais il est terrassé, et ça fait des siècles et des siècles que sa limite, il l’a déjà dépassée.

Par pitié, laissez-le en paix. Laissez-le enfin mourir, que tout s’arrête…

C’est dans cet état – pantelant, à la recherche de son souffle, se demandant dans un dernier délire si un autre remède pourra l’apaiser ou ne fera qu’empirer son état – que Diane le retrouve.

Retour à la Tempête : La Vie est un songe de Clément Poirée

Ça faisait des mois que je n’avais pas été au théâtre, mais une fois encore, mon parcours m’obligeant à m’y mettre, j’ai été voir une pièce cette semaine. Que je ne nommerai pas, par respect pour ses comédiens. C’était franchement désolant. Et gênant. Et je vais devoir l’étudier. Et je pleure. Je pourrais m’étendre là-dessus à l’infini, mais je vais simplement la résumer en un dialogue, avant de passer à ce qui nous intéresse :

Pendant l’entracte :

« Je m’ennuie, quelqu’un aurait une blague ?

– Oui, cette pièce. »

Voilà, autant vous dire que ma première expérience théâtrale depuis la rentrée n’était pas folichonne. Alors, puisque d’une part j’avais enfin de quoi m’en payer une, et puisque j’avais à présent une catastrophe théâtrale à compenser, je décidai d’aller hier à ma bien-aimée Cartoucherie pour voir un petit truc qui était à mon programme, Apocalyspe selon Stavros.

Mais puisque je suis un peu stupide (c’est important de le préciser, vraiment), je n’avais pas vérifié les horaires avant, et c’est à 16h08 précises que je me rends compte que ladite pièce commençait en fait à 16h. Puisque j’avais tout juste de quoi me payer une pièce à la Cartoucherie, je décidai donc d’aller jeter un coup d’oeil au site internet de la Tempête, l’un des théâtres dans le théâtre. [Le site de la Tempête a d’ailleurs été mis à jour récemment, et il est très joli]. Deux choix s’offraient à moi : La Vie est un songe, création originale, ou La Mort de Tintagiles (dont, je vous le dis franchement, j’avais eu la flemme de lire le résumé (mais j’irai la voir, promis)). Devinez ce que j’ai choisi ! (c’est pas comme si c’était dans le titre).

J’entre donc dans la salle, bondée, il me faut me caler sur le bord gauche, dernière place près de la scène à ma disposition (et aussi la seule place que j’ai le courage de prendre, puisque m’y asseyant je ne dérangeais personne). Je vois donc les choses de biais, ce que je prends pour un inconvénient, mais qui se révelera ensuite plutôt sympathique, puisqu’à mon rang même beaucoup de passages de comédiens vont se faire. Ça ne m’offre pas la vue sur le milieu, par contre, et les bruits de la lampe juste à côté se font parfois trop entendre, mais ça à part, ce n’était pas une mauvaise place.

Donc, La Vie est un songe s’ouvre sur un tableau étrange, des rideaux crasseux et presque en lambeaux tombant sur un sol donnant l’effet d’une neige poudreuse, et des pieds d’hommes entièrement peints en noir surgissant et y traçant leur chemin. Tableau très long (on a dû voir pendant près de cinq minutes ces ombres errer en silence), jusqu’à l’apparition d’une ombre portant une couronne (Basile, selon toute vraisemblance), qui lève son télescope vers le ciel. Puis l’ombre se fait, et la pièce commence.

Je ne vais pas m’étendre dessus, vous avez encore tout le mois d’octobre pour la voir, et je ne veux pas vous spoiler. Je dirai juste que c’est une pièce qui passe vite, dont le texte est difficile mais interprété plus que correctement, chaque personnage ayant la possibilité d’arracher dans ce lourd gâteau littéraire sa propre bouchée, chaque personnage pouvant revendiquer ce qu’il est, ce qu’il a été et ce qui adviendra de lui. Tous ont leur manière d’être attachants, et leurs qualités sont saupoudrées de leurs travers de sorte qu’on a face à nous un groupe authentique pour lequel on se lie facilement d’affection.

Je dirai juste aussi qu’il y a quelque chose de très vaguement steampunk dans l’habit de certains personnages qui m’a énormément plu, que l’histoire quant à elle se laisse dérouler de façon très nette, malgré quelques complexités. J’achèverai en donnant mon top cinq de mes personnages préférés, selon ma tradition. Parfois, je me prends de passion pour des personnages là où un seul devrait être aimé ou bien là où il n’y a pas de quoi, mais chacun est tellement haut en couleur dans La Vie est un songe que ce serait difficile pour moi de ne pas les évoquer :

5) Basile. Ça devait bien être difficile de jouer le rôle classique du personnage mauvais par excellence, qui pense tromper son destin en agissant contre lui. Mais Basile est ici une petite marmotte (il a quelque chose d’un Miro d’Arthur et les Minimoys, si vous me passez la comparaison), un être émotif sans être dramatique, petit, hésitant, faisant absolument de son mieux (c’est visible). J’aime surtout la façon dont on ne le vêt pas en monarque, puisque la pièce semble privilégier son aspect d’homme lisant les signes plutôt que celui du roi. D’une certaine manière, il évoque un peu un Tirésias égaré, troublé par ses devoirs. Même si ses défauts sont évidents, il garde fondamentalement quelque chose de bien intentionné. C’est assez miraculeux que cette espèce de Créon, tant attaché à son peuple qu’il en oublie les biens individuels, arrive à émouvoir sans sembler essayer.

4) Étoile. Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas férue de personnages féminins. Je suis profondément désolée pour ça, mais j’ai énormément de mal à m’y attacher, à m’y intéresser. Peut-être que j’aime simplement trop la façon dont un caractère influe un personnage masculin, ou peut-être est-ce l’amour, que je n’aime pas, et que les femmes tendent trop à représenter, sur toutes ses formes et toujours de la même manière. Quoi qu’il en soit, matière de théâtre, il n’y a que trois femmes que j’ai pu aimer. Antigone (pour des raisons évidentes, ce personnage est superbe), Marianne des Caprices de Marianne (enfin une femme qui me donne l’impression de questionner son statut au lieu de simplement servir de love interest nul au premier mâle geignant venu) et, aujourd’hui, Étoile. Voir autant de caractère chez une femme dans une intrigue amoureuse, la voir mener la barque, et surtout voir ce jeu, ces mimiques de poupée, ces déplacements de robot rouillé, cette drôlerie, m’ont franchement rafraîchie sur les femmes dans les pièces.

3) Astolphe. Je ne vais pas vous mentir, sitôt qu’il avait posé le pied sur la scène, j’ai commencé à l’apprécier, juste à cause de son apparence très carrée et sa tenue vestimentaire. Et son but, son rang, n’allaient pas me contredire : un personnage coincé dans son statut et ambitieux, c’est le genre que je préfère. Alors quand en plus je découvre qu’il n’est pas mauvais dans le sens que je pensais, et quand on découvre son caractère, je n’ai pas pu y résister. S’il avait eu la chance de développer plus d’intrigues dans le scénario, il serait probablement plus haut, peut-être premier ou deuxième, mais les choses sont ce qu’elles sont. Il est donc troisième

2) Clothalde. Idem qu’Astolphe, l’apparence attachante en moins. D’abord, je pensais que je n’allais pas particulièrement l’adorer. C’était un personnage cruel, et ce qu’il pouvait avoir de complexe me laissait indifférente, mais tout compte fait, son évolution dans la pièce détrompe cette impression.

1) Clairon. J’en suis tombée amoureuse dès l’instant où il est intervenu, peut-être même dès l’instant où il s’est redressé pour rectifier les paroles de sa partenaire d’infortune. Pour celui-ci, je suis fidèle à moi-même : le maître de ce top n’a pas une si grande prise sur l’intrigue, et à côté de certains peut sans doute sembler insignifiant, mais ce plaisantin m’a beaucoup fait rire, le naturel de son comique et de sa lâcheté hilarante en font quelqu’un de très facilement relatable. J’ai eu l’impression qu’il nous guidait tout le long, qu’il était un double de ce que moi-même aurais pu être dans ce contexte. Il a même réussi à m’émouvoir. En fait, je pourrais sans doute tenter d’esquisser une centaine d’arguments en sa faveur, mais en un simple mot, je me suis plus attachée à lui qu’aux autres. Pas que les autres soient moins bons, ni l’inverse. C’est juste tout à fait subjectif. Je l’aime, point.

En un mot comme en cent, allez voir cette pièce. C’est un petit régal, et même s’il m’a été donné de la voir purement par hasard, je n’en suis pas du tout mécontente.

Dhiatzs.

Si c’était si facile – Impression sur « Comment c’est loin »

Je chiale.

C’est même pas lié à un souvenir particulier, à une idée ou à une envie pas accomplie. C’est juste Comment c’est loin.

Je dis pas que ce film est triste ou quoi que ce soit. J’aurais même tendance à penser qu’il est au final optimiste, puisque certaines choses s’arrangent à la fin. Mais voilà, pour dire les choses comme elles sont, je chiale.

C’est juste ces deux hommes un peu ratés, qui vont dans tous ces extrêmes, qui ont toute cette violence autour d’eux, qui ne réagissent jamais, qui sont déjà désespérés au point de s’en foutre de tout. Et c’est surtout Orelsan et Gringe, c’est juste ces deux personnes-là, d’habitude un peu bouffonnes et comiques, dans un sens. Je les ai découverts avec Bloqués (la série), enfin dans un premier temps y avait surtout ce passage de Bloqués (la chanson) au concert du lycée, et puis je ne sais pas, ces deux-là, je voudrais les voir un jour. Je sais pas ce que je leur dirais, je connais pas le rap, je connais pas les gens, j’ai rien à voir avec ce genre d’univers, je suis plutôt du côté de ces bourges à la con qui ne voient pas les gens comme eux, qui passent à côté de tout ce qu’ils peuvent vivre, comme dans ce film, pourtant je les aime tellement. […]

Et là, j’écoute cette chanson, Si facile, en me demandant comment j’ai pu passer à côté de celle-là dans mon top. […]

J’ai l’envie, j’ai pas la volonté, c’est ça la catastrophe, et tout ce que je peux faire c’est écouter cette putain de chanson, qui est affreuse et géniale, et leurs voix, les voix de ces deux-là, je les aime tellement, je n’arrive pas à mettre les mots là-dessus, je ne vois pas la chanson passer, je vois juste la douce voix d’Orelsan, qui a je sais pas quoi de cynique et de cassant, mais qui est tellement douce et gentille, et celle rêche de Gringe, plus directe, plus froide d’un coup.

Et pourtant, il y a quelque chose de tellement subtil en eux.  Gringe qui est complètement léthargique, amer et qui donne une impression de haine, mais qui pourtant a un fond de nostalgie colérique, et Orel, qui même quand il donne l’impression d’«hausser le ton» dans les chansons, a quelque chose de lassé, il n’a pas la conviction de ce qu’il dit, mais c’est cohérent, c’est cohérent avec sa détresse. Parce que j’ai l’impression de voir des adultes en détresse, comme s’ils étaient en train de couler, mais qu’ils laissaient tout faire, j’ignore pourquoi, comme s’ils n’étaient pas capable de s’attacher à quelque chose. Ils ne voient même pas les SOS qu’ils envoient, parce qu’ils sont trop je ne sais quoi, pas blasés, comme immergés dedans, avec l’impression de blasé qui va avec. Mais quand tu les vois, il n’y a que deux branleurs qui t’apparaissent, pourtant il y a d’autres trucs en eux. Ça se voit.

En fait, je ne suis pas bonne pour la critique, et tout ce que vous voyez en gras, c’est ce que j’ajoute a posteriori. Maintenant que j’y pense, ce film explique aussi, sans le romantiser ni l’excuser, sans même montrer le processus, que deux hommes passent de gamins ambitieux à deux branleurs qui se font cracher dessus, qui sont amusants pour les autres, à force de rien faire, et même pour eux-mêmes, et qui pourtant subissent cette condition sans s’en apercevoir. Ils sont privés de quelque chose, ils sont tellement plongés dedans qu’ils s’y sont perdus et que c’est devenu leur schéma de vie. Si ça se trouve, je raconte des conneries, ou bien je mets beaucoup de mots sur quelque chose qui pourrait être résumé en peu, mais tout ce que j’ai envie de dire, c’est que je les aime, et que ce film était bon et juste.

Ma traduction de « It’s Been So Long », The Living Tombstones

Ça m’arrive de temps à autres, pas vraiment de traduire, mais d’essayer de chantonner une chanson anglaise en français, en essayant de respecter le rythme de base. D’habitude, je ne le fais pas en entier, mais j’avais envie d’essayer avec It’s Been So Long, chanson que j’aime beaucoup. Je vous laisse donc le résultat.


 

J’ignore ce à quoi je pensais

En laissant mon fils seul

Et me voilà maudite, me voilà aveugle

Avec cette colère coupable et triste qui me nargue pour toujours

Je n’attends plus que la chute qui viendra un jour

Est-ce la vengeance que je veux

Veux-je voir quelqu’un me venger ?

Bloquée dans ce problème, je veux me libérer

Peut-être devrais-je courir, chercher avant qu’ils ne l’arrêtent

Dans peu de temps je serai une marionnette

Cela fait longtemps

Que je n’ai pas vu mon fils

Pris par ce démon

Par l’auteur du massacre sans nom

Depuis ce moment

J’ai chanté ce bête chant

Qui m’ouvre les paupières

Sur la santé de ta mère

Je voudrais vivre dans le présent

Celui de mes fautes passées

Mais le futur, quand je passe, ne cesse de me siffler

Je me rappelle seulement tes yeux et ton doux sourire

Et ces souvenirs brumeux me font bien gémir

Toutes ces justifications me tuent

Mais tuer n’est pas justifié

Que lui est-il arrivé ? Je suis terrifiée

Ça tourne dans ma tête, et les pensées vont, grandissant

J’aurais dû être là pour toi, mon enfant

Cela fait longtemps

Que je n’ai pas vu mon fils

Pris par ce démon

Par l’auteur du massacre sans nom

Depuis ce moment

J’ai chanté ce bête chant

Qui m’ouvre les paupières

Sur la santé de ta mère

Chant d’Automne

chant d'automne

Je crois que j’ai dû mettre ce dessin dans cinq sites différents, depuis le temps, mais je dois avouer que, sans être parfait, j’en suis assez fière. La « scène du poème » est l’une de mes préférées de la bande-dessinée Seuls, et je ne pouvais décemment pas poursuivre ce site sans évoquer un peu Lucius, mon personnage préféré de cette BD

(personnage qui n’est absolument pas développé, au passage)