Si c’était si facile – Impression sur « Comment c’est loin »

Je chiale.

C’est même pas lié à un souvenir particulier, à une idée ou à une envie pas accomplie. C’est juste Comment c’est loin.

Je dis pas que ce film est triste ou quoi que ce soit. J’aurais même tendance à penser qu’il est au final optimiste, puisque certaines choses s’arrangent à la fin. Mais voilà, pour dire les choses comme elles sont, je chiale.

C’est juste ces deux hommes un peu ratés, qui vont dans tous ces extrêmes, qui ont toute cette violence autour d’eux, qui ne réagissent jamais, qui sont déjà désespérés au point de s’en foutre de tout. Et c’est surtout Orelsan et Gringe, c’est juste ces deux personnes-là, d’habitude un peu bouffonnes et comiques, dans un sens. Je les ai découverts avec Bloqués (la série), enfin dans un premier temps y avait surtout ce passage de Bloqués (la chanson) au concert du lycée, et puis je ne sais pas, ces deux-là, je voudrais les voir un jour. Je sais pas ce que je leur dirais, je connais pas le rap, je connais pas les gens, j’ai rien à voir avec ce genre d’univers, je suis plutôt du côté de ces bourges à la con qui ne voient pas les gens comme eux, qui passent à côté de tout ce qu’ils peuvent vivre, comme dans ce film, pourtant je les aime tellement. […]

Et là, j’écoute cette chanson, Si facile, en me demandant comment j’ai pu passer à côté de celle-là dans mon top. […]

J’ai l’envie, j’ai pas la volonté, c’est ça la catastrophe, et tout ce que je peux faire c’est écouter cette putain de chanson, qui est affreuse et géniale, et leurs voix, les voix de ces deux-là, je les aime tellement, je n’arrive pas à mettre les mots là-dessus, je ne vois pas la chanson passer, je vois juste la douce voix d’Orelsan, qui a je sais pas quoi de cynique et de cassant, mais qui est tellement douce et gentille, et celle rêche de Gringe, plus directe, plus froide d’un coup.

Et pourtant, il y a quelque chose de tellement subtil en eux.  Gringe qui est complètement léthargique, amer et qui donne une impression de haine, mais qui pourtant a un fond de nostalgie colérique, et Orel, qui même quand il donne l’impression d’«hausser le ton» dans les chansons, a quelque chose de lassé, il n’a pas la conviction de ce qu’il dit, mais c’est cohérent, c’est cohérent avec sa détresse. Parce que j’ai l’impression de voir des adultes en détresse, comme s’ils étaient en train de couler, mais qu’ils laissaient tout faire, j’ignore pourquoi, comme s’ils n’étaient pas capable de s’attacher à quelque chose. Ils ne voient même pas les SOS qu’ils envoient, parce qu’ils sont trop je ne sais quoi, pas blasés, comme immergés dedans, avec l’impression de blasé qui va avec. Mais quand tu les vois, il n’y a que deux branleurs qui t’apparaissent, pourtant il y a d’autres trucs en eux. Ça se voit.

En fait, je ne suis pas bonne pour la critique, et tout ce que vous voyez en gras, c’est ce que j’ajoute a posteriori. Maintenant que j’y pense, ce film explique aussi, sans le romantiser ni l’excuser, sans même montrer le processus, que deux hommes passent de gamins ambitieux à deux branleurs qui se font cracher dessus, qui sont amusants pour les autres, à force de rien faire, et même pour eux-mêmes, et qui pourtant subissent cette condition sans s’en apercevoir. Ils sont privés de quelque chose, ils sont tellement plongés dedans qu’ils s’y sont perdus et que c’est devenu leur schéma de vie. Si ça se trouve, je raconte des conneries, ou bien je mets beaucoup de mots sur quelque chose qui pourrait être résumé en peu, mais tout ce que j’ai envie de dire, c’est que je les aime, et que ce film était bon et juste.

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Ma traduction de « It’s Been So Long », The Living Tombstones

Ça m’arrive de temps à autres, pas vraiment de traduire, mais d’essayer de chantonner une chanson anglaise en français, en essayant de respecter le rythme de base. D’habitude, je ne le fais pas en entier, mais j’avais envie d’essayer avec It’s Been So Long, chanson que j’aime beaucoup. Je vous laisse donc le résultat.


 

J’ignore ce à quoi je pensais

En laissant mon fils seul

Et me voilà maudite, me voilà aveugle

Avec cette colère coupable et triste qui me nargue pour toujours

Je n’attends plus que la chute qui viendra un jour

Est-ce la vengeance que je veux

Veux-je voir quelqu’un me venger ?

Bloquée dans ce problème, je veux me libérer

Peut-être devrais-je courir, chercher avant qu’ils ne l’arrêtent

Dans peu de temps je serai une marionnette

Cela fait longtemps

Que je n’ai pas vu mon fils

Pris par ce démon

Par l’auteur du massacre sans nom

Depuis ce moment

J’ai chanté ce bête chant

Qui m’ouvre les paupières

Sur la santé de ta mère

Je voudrais vivre dans le présent

Celui de mes fautes passées

Mais le futur, quand je passe, ne cesse de me siffler

Je me rappelle seulement tes yeux et ton doux sourire

Et ces souvenirs brumeux me font bien gémir

Toutes ces justifications me tuent

Mais tuer n’est pas justifié

Que lui est-il arrivé ? Je suis terrifiée

Ça tourne dans ma tête, et les pensées vont, grandissant

J’aurais dû être là pour toi, mon enfant

Cela fait longtemps

Que je n’ai pas vu mon fils

Pris par ce démon

Par l’auteur du massacre sans nom

Depuis ce moment

J’ai chanté ce bête chant

Qui m’ouvre les paupières

Sur la santé de ta mère

Chant d’Automne

chant d'automne

Je crois que j’ai dû mettre ce dessin dans cinq sites différents, depuis le temps, mais je dois avouer que, sans être parfait, j’en suis assez fière. La « scène du poème » est l’une de mes préférées de la bande-dessinée Seuls, et je ne pouvais décemment pas poursuivre ce site sans évoquer un peu Lucius, mon personnage préféré de cette BD

(personnage qui n’est absolument pas développé, au passage)

Bienvenue, II : C’est toujours une demoiselle avec un chat…

… sauf qu’entretemps, la demoiselle est entrée à la fac.

Oui bon, ça fait deux ans que j’ai créé ce blog et j’ai l’impression de l’avoir à peine touché, mais je vous avais prévenu que la régularité n’était pas mon fort.

 

Je continue d’écrire, mes projets, j’ai découvert des séries, des films et des jeux vraiment sympas ces derniers temps (Undertale, Life is Strange et la saison 1 du jeu vidéo The Walking Dead). J’ai aussi rencontré des gens cools, vu IRL une amie rencontrée via Twitter, parlé à un comédien que j’apprécie énormément, et en ce moment, je commence un peu à découvrir les gens du site de la bande-dessinée Seuls (à laquelle je suis complètement addicte). Je suis partie en Finlande, aussi, quittant la France pour la première fois cet été. J’ai aussi continué ma vie à mon rythme, et je pense pouvoir dire que j’aime bien le chemin sur lequel je suis aujourd’hui.

(Ah et j’ai mangé mon premier Subway, bu mon premier Starbuck et dévoré mon premier Burgerking) (C’était le point bouffe (très important)).

Bref, je tiens à préciser que vous êtes toujours les bienvenus ici, du moment que vous ne pétez pas les reins et que vous parlez politique dans le respect de l’intégrité  physique et mentale de tous les trucs vivants de la planète.

Quant à l’avenir de ce blog, je vous avoue que le rythme que j’avais laissé me plaît bien, et que sans la pression d’abonnés réguliers comme dans d’autres sites, c’est assez apaisant de pouvoir venir et repartir à son rythme, comme le ressac. En tout cas ça vaut toujours mieux qu’une séance chez le psy (et ça coûte que dalle).

Je pense que je vais vous laisser ici, mes agneaux. Le prochain article que je suis en train d’écrire traitera de mon top 5 musical, ensuite je vais sans doute vous refiler un dessin et/ou un bout d’histoire/de fanfic. Passez une bonne journée, hydratez-vous bien et continuez vos projets !

 

LE TOP 5 ACTUEL DE MES CHANSONS ET MUSIQUES PRÉFÉRÉES QUE PERSONNE N’A DEMANDÉ (MAIS QU’EST QUAND MÊME LÀ (PARCE QUE VA LE CASER AILLEURS QUE MON BLOG, CE CONCEPT (J’ATTENDS (CE TITRE EST SUPER AGRESSIF))))

Je… je crois que tout est dans le titre… ? du coup on y va ? On y va.

5) Le thème « Undertale », de Toby Fox. Est-ce que ça se voit que je suis une pacifiste à 110% ? Je suis une pacifiste à 110%. Ce jeu a été absolument magnifique à jouer la première fois, et maintenant j’aimerais tout oublier pour le redécouvrir à nouveau. Les musiques sont tops, les personnages sont tops, le quatrième mur brisé est top, et Toby Fox est probablement top aussi, pour autant que je sache. Mais en particulier, le passage dans lequel cette musique se joue (c’est vers la fin, je ne vais pas vous spoiler du coup), et la musique en elle-même m’ont secoué. Je dirais bien que je voudrais qu’on mette cette musique à mon enterrement, mais elle est trop triste, ce serait pas cool, mettez plutôt une chanson de A Very Potter Musical, comme ça les gens seront confus.

Quoi qu’il en soit, j’ai envie de faire un câlin à cette musique. Je pense que cette phrase est suffisamment éloquente sur mon état d’esprit.

4) Les Sirènes, de Mini Vague. Je l’ai découverte en décembre 2015, écoutée 10000 fois, et pourtant je l’aime encore, c’est dire. Bon, à l’époque, elle était première dans mon classement, faut dire qu’il faut avoir deux neurones pour penser que c’est une bonne idée d’écouter quelque chose qu’on aime en boucle. Pourtant, je l’adore.

Point découverte (ça me semble important de garder des souvenirs dans un coin, donc je le met ici) J’ai découvert Mini Vague grâce à un ami, comme je l’ai dit dans un des articles qui traînent dans ce blog, j’aimais beaucoup What a Day et Garden Flat, mais entretemps, il y a eu le deuxième EP qui est sorti. C’est-à-dire Le Choix de l’Autre, découvert avec ce teaser (https://youtu.be/3zaltjY8kLw) (je le réécoute au moment où j’écris ça et je me demande comment je peux l’avoir oubliée, cette chanson est cool) (autant leurs clips sont un peu particuliers, autant leurs chansons sont <3), Mékong (celle-là est vraiment top) et, du coup, Les Sirènes.

Et autant j’avais adoré Le Choix de l’Autre et Mékong, et avait été « meh » pour Ne Cadence Pas, autant Les Sirènes, j’ai chialé pendant des jours en l’écoutant. Ne me demandez pas pourquoi, je ne sais pas tellement ce qui m’émeut autant dans cette chanson. L’atmosphère marine, les paroles difficiles à interpréter mais qui racontent quand même une histoire triste… Je ne sais pas, mais après l’épisode de tristesse, j’en ai juste profité.

Vers préférés : « Non, je ne veux pas finir/Cette danse/Je n’ai pas saisi/Ma chance/Lorsqu’elle m’a souri/J’étouffe mon désir/Je veux rester là, rester seul au fond de la piscine »

3) On Melancholy Hill, de Gorillaz. 

Re-point découverte : Encore une fois, groupe découvert par l’intermédiaire d’un ami (qu’est-ce que je ferais sans mes amis, franchement), cette fois il y a seulement quelques mois (au début des vacances d’été). Mon ami m’a brossé l’histoire de ce groupe fictif, et à peine quelques heures plus tard, alors qu’on squattait chez quelqu’un, un clip dudit groupe était sur la télé via Youtube. Le clip en question était Rock The House, et, ouais, pour ceux qui connaissent, une gamine comme moi qui découvre Gorillaz avec le clip de Rock The House, c’est comme découvrir Disney avec Le Bossu de Notre Dame 2. Mais bon, l’alcool était avec moi (c’t’à dire deux bières (me jugez pas il était minuit)), alors j’ai continué à regarder ce que leurs musiques et clips pouvaient donner. J’avoue que j’ai d’abord plus aimé l’esthétique des personnages que les chansons, jusqu’à Feel Good Inc et Dirty Harry, et surtout jusqu’à On Melancholy Hill.

Anecdote : je suis sûre que gamine, j’avais vu ce clip à la télé entre deux tops 50, et déjà à l’époque j’adorais l’atmosphère bizarre et un peu triste. Je ne sais pas combien d’années il aura fallu attendre pour que je la retrouve, mais ça valait le coup. En plus de ça, j’ai un certain penchant pour les atmosphères marines, alors le clip me faisait d’autant plus aimer la chanson. Et maintenant que je suis plus grande et que j’adore Murdoc (oui, j’adore Murdoc (j’irais probablement en enfer pour ça (mais osef, lui aussi))), le voir aussi classe dans ce clip, là où d’habitude il est… voilà… (ne mentionnons pas Rock the House) me fait encore plus adorer On Melancholy Hill. Quand de base la chanson est géniale et se suffit à elle seule.

Vers préférés : « Well, you can’t get what you want/But you can get me/So let set out of sea/Cause you are my medicine/When you’re close to me »

2) Malidor, de Franck Monnet. J’ai littéralement découvert cette musique dans la partie remerciements d’une BD Seuls (comme une sale fangirl), et franchement, pour une découverte aussi random, cette chanson m’a marqué. Je ne sais pas trop pourquoi, c’est cette atmosphère étrange, la description d’une ville hors du monde et du temps (j’ai toujours adoré les atmosphères de lieu qu’on ne pourrait pas situer géographiquement ou temporellement). Et surtout, j’aime quand cette chanson s’emporte et ressemble à une bacchanale un peu glauque sans être inquiétante et où tout le monde prend son pied.

Vers préférés : « Ces pommes, ces tomates/Ces cageots de grappes/Ces dorades, goûtez-les (Goûtez-les !)/Ces troupeaux sauvages ne sont jamais malades/Ils paissent, ils gambadent/Goûtez-les ! (Goûtez-les !)/Au pays mystérieux de Malidor/Les nuits blanches volent en spirale jusqu’au port »

1) My Way to Go de Florent Dorin. Je ne sais plus exactement quand je l’ai découverte, mais je trouve que cette chanson me colle à la peau. Il y a quelque chose dans cette chanson d’une personne qui déserte ce à quoi elle est censée s’attacher, qui voyage, qui rêve. À préciser que je ne connaissais Florent Dorin que de son merveilleux Visiteur du Futur, avant, et malgré l’aspect mélancolique que le personnage pouvait laisser transparaître, c’est surtout son humour qui m’avait marquée. J’ai trouvé ça génial de découvrir d’autres facettes de lui dans ses chansons.

(Bon, ce n’est pas la seule de lui que j’aime, il y a aussi l’excellent How to Live with it, Rest My Head que j’aime surtout pour sa dernière minute, A Little Bit Longer, le classique de la fin de la saison 2 du VdF… Mais c’est celle-là à laquelle je relate le plus, notamment pour les vers ci-dessous)).

Vers préférés : « And please don’t shed a tear/Do not try to call out/When you’ll see me disappear/Just a shape through the window/Cause I’m nothing but a man /And you deserve better/Better than the best I can/I can offer »

Voilà, c’est tout ! Après, j’ai fait un top, mais je pense qu’à cela près, je les aime presque toutes autant (ce ne sont pas des enfants, donc je peux bien dire que j’en ai des préférées).

*Insérer chute d’article ici*

Dans le temps

Celle-là aussi commence à dater, mais après avoir découvert Undertale, j’aurais eu du mal à passer à côté d’un one-shot. Et en plus, j’aime beaucoup la relation qu’entretiennent Sans et Toriel.


 

Le vent frissonnait doucement entre les branches de l’olivier, et semblait caresser la nuque de Toriel, tandis qu’elle s’inclinait pour inspecter les fleurs.

Il avait plu toute la semaine. Pas une pluie torentielle et épaisse, ou bien ces quelques gouttes mesquines que crachotaient parfois les nuages d’été. Une pluie d’automne. Une qui ne tombait pas si dru, mais dont le bruit semblable au gargouillis d’un ruisseau faisait plaisir à entendre quand on était au chaud, à l’intérieur.

Les escargots étaient de sortie, traînant mollement leurs corps spongieux vers le parterre qu’elle avait planté avec Frisk, une semaine après leur arrivée. Elle sourit à la pensée de l’enfant lui tendant des bouquets, qu’il tenait enlacés dans ses bras trop courts. Comme cette vision lui avait manqué…

Elle frissonna et tira les pans de son manteau contre elle. Un cadeau d’Alphys. Elle devait être en train de regarder une série avec Undyne, ou de travailler. Toriel sourit. La savoir heureuse l’apaisait. Elle lui apporterait sans doute une tarte bien chaude, pour la remercier de son présent.

– Salut, m’dame.

La voix la fit sourire. Combien de fois ne l’avait-elle pas entendu, avant même de savoir à quoi ressemblait son propriétaire ?

– Bonjour, Sans.

Elle se redressa et se retourna pour le voir.

Le petit squelette râblé abordait ce jour-là un simple sweatshirt sur lequel deux souris parlaient de conquérir le monde. Probablement une référence, il faudrait qu’elle demande à Alphys. Toriel s’inquiétait davantage de le savoir si peu couvert, ce sweat, son éternel short et ses pantoufles ne lui garantissant aucune protection contre un éventuel rhume.

– Tu n’as pas froid ? l’interrogea-t-elle.

– Non, non, ça va, la rassura-t-il avec sa nonchalance coutumière.

– On peut aller à l’intérieur, ce serait sans doute mieux, insista-t-elle, anxieuse.

– Oh non, pas de souci. J’aimerais juste… m’asseoir avec vous ici et discuter un peu. Si je pluie me permettre, ajouta-t-il avec un clin d’oeil complice.

– Joli ! dit Toriel après un éclat de rire. Eh bien, asseyons-nous près des fleurs. J’aime me poser ici de temps en temps, c’est un endroit paisible.

Il s’exécuta. La sensation était en effet exquise : à genoux devant le parterre, sous le ciel gris qui pourtant ne laissait pas échapper la moindre goutte, ils semblaient reposer dans le temps. Dans le moment incertain précédant une éventuelle averse.

– Alors, de quoi veux-tu discuter ?

– Eh bien…

Il se tut. Il observait résolument les fleurs dont les pétales ternes annonçaient la mauvaise saison. Elle avait connu les silences étranges de Sans, ces petits moments de vide pesant où le squelette serein laissait place à un être nostalgique, les épaules tremblant sous le poids de l’univers. Elle lui laissa le temps. Le temps, ils l’avaient.

– Je suis désolé, dit-il finalement. Je… je ne sais pas ce que je fais ici.

Elle attendit encore un peu avant de murmurer :

– Tu n’es pas obligé d’attendre un moment précis pour venir me voir, Sans. Je suis toujours contente de t’accueillir, du moment que tu ne te lasses pas de moi.

– Vous êtes gentille, Toriel, murmura-t-il avec un sourire nerveux. Non, on dirait que je fais encore un de mes caprices. Si je reviens, mettez-moi dehors avec un coup de pied aux fesses, histoire que je me rappelle d’arrêter mes idioties.

– Tu sais bien que je ne le ferai pas, rit-elle doucement en caressant un pétale du pouce.

– C’est pour ça que je reviens à chaque fois, comme un imbécile. Regardez-vous, même vous, ça vous lasse. La première fois, vous étiez inquiète, vous m’avez posé des questions, et je répondais pas. À chaque fois, quand je viens, j’ai tout au bord de la mâchoire, mais ça ne veut pas sortir. Je sais bien que j’ai commencé quelque chose, et j’adorerais revenir en arrière, à un moment où je ne serais pas persuadé de devoir vraiment vous parler.

– Peu importe, Sans. Tu sais que tu ne me gênes pas. Si tu veux dire ce qui te tient à coeur, tu sais bien que, que ce soit maintenant ou dans cent ans, je serais prête à t’écouter. C’est pour toi que je m’inquiète. Ça doit t’oppresser, cette chose que tu as besoin de me dire.

– Oui, confessa-t-il dans un souffle.

– De quoi as-tu peur ?

Il leva le regard vers elle. Deux orbites creuses, simplement animées par de minuscules étincelles blanches, mais que Toriel avait toujours mieux su lire que n’importe quels globes oculaires. Dans ce gouffre noir et blanc, de la terreur. Du chagrin. De la haine.

– De tout, répondit-il.


 

Le soleil caressait de ses rayons le tronc de l’olivier, et réchauffait doucement la fourrure de Toriel. C’était un de ces jours où il faisait bon de ne rien faire, de rester allongé à profiter de la chaleur. Elle aimait l’astre diurne comme elle avait aimé les premiers pas hors des ruines.

C’était la saison des Glaces Gentilly du vendeur ambulant, des grands shows de Mettaton. La belle saison qui mettait Papyrus de belle humeur, plus encore que d’habitude. La saison des balades, des T-shirts, des éclats de rire et de la paresse.

Les fleurs étaient plus éclatantes que jamais. Toriel venait de les arroser, et veillait à présent sur elles depuis son rocking-chair.

– Salut, m’dame.

Elle se redressa, un sourire ravi aux lèvres.

– Sans !

Elle se leva pour aller le serrer dans ses bras. Il lui avait manqué.

– Comment vas-tu ? Viens donc t’asseoir !

Il entra, accepta le thé de fleurs d’or qu’elle lui offrit dès qu’il s’installa à table.

– Merci pour lé thé, ricane-t-il.

Elle gloussa en poussant une boîte de biscuits vers lui.

– Mais de rien, c’été un plaisir.

Il éclata de rire et rétorqua de plus belle. Leurs échanges de jeux de mots lui avaient manqué, tout comme ses petits haussements d’épaules, à chaque plaisanterie, comme pour s’en excuser. Elle était heureuse de pouvoir l’éloigner de ses pensées angoissantes, ne serait-ce que pour quelques minutes. Et il faut dire que la surface lui avait fourni des blagues à n’en plus savoir que faire.

– Tu connais l’histoire du panda ?

– Non, racontez ? rigole-t-il, encore hilare de la blague d’avant.

– C’est l’histoire d’un panda, il en avait marre, donc il se penda.

Il explosa de rire, tapant la table de la paume. Toriel riait de bon coeur aussi. Elle en avait une autre en tête, déjà.

– Oh, attends, écoute, écoute : Répite et répète sont sur un bateau. Répite tombe à l’eau. Qui reste-t-il ?

– Répète, sourit-il.

– Répite et répète sont sur un bateau. Répite tombe à l’eau. Qui reste-t-il ?

– Répète ? murmura-t-il, soudain incertain.

– Répite et répète sont sur un bateau. Répite tombe à l’eau. Qui reste-t-il ?

Elle se sentit soudain mal à l’aise. Elle avait été prise par l’enthousiasme du moment, et n’avait pas autant pesé la blague que nécessaire, pour savoir si elle était si drôle que ça. En voyant l’expression figée de Sans, elle se sentit le besoin d’arrêter ça.

– Pardon, elle était mauvaise, sourit-elle nerveusement.

– Non, non, c’est…

Elle eut l’impression qu’on lui frappait le coeur. Sans venait d’éclater en sanglots. Il prit son visage entre ses mains pour étouffer ces pleurs. En vain.

– Sans, qu’est-ce qu’il se passe ?

Les biscuits s’étaient éparpillés, en miettes et en morceaux. Les tasses de thé secouées avait dispersé des gouttelettes et entouré leur pied d’une auréole chaude. L’odeur familière et apaisante de la maison leur serrait à présent la gorge. Il se redressa péniblement.

– C’est… ce mot. « Répète ». Il y a…

Comment raconter ça ? Comment raconter ce qu’il avait fini par comprendre, dans le déni et la douleur ? Comment raconter combien il avait peur, pour son frère, pour ses amis, pour elle, pour lui ? Combien il avait peur que tout puisse être fini au moindre moment ?

Enfin, ça lui vint. Après toutes ces heures à venir se taire, à réprimer ce que son corps semblait tant vouloir raconter pour lui, il déversa tout. Ce qu’il avait compris de leur monde. De ce qui pouvait être sauvé, et réinitialisé. De Frisk.

– Tout peut finir. À tout moment, et pas seulement à son idée. Tout ce que je dis est tellement futile… on pourrait d’une seconde à l’autre ne jamais avoir eu cette conversation. Il pourrait d’une seconde à l’autre effacer l’endroit où nous sommes, et recréer un monde où nous souffrirons.

Un long silence suivi ces paroles sombres. Toriel était anéantie. Elle leva à peine les yeux quand il prit de nouveau sa tête entre ses mains.

– Je suis un ami épouvantable, gémit-il. Vous pouviez profiter, ne jamais avoir à souffrir de ça, et j’ai tout anéanti. J’ai tout…

Il ne pouvait pas finir sa phrase. Il en avait fini. Il avait jeté son fardeau à quelqu’un qui n’avait rien demandé, et voilà qu’il se sentait pire encore que s’il n’avait rien dit. Et le silence lui faisait tellement mal…

– Qu’as-tu anéanti ?

Il leva faiblement les yeux vers Toriel. Elle était résolue. Remplie de détermination.

– Tu hésitais à me confier cela, je comprends. Tu as pris beaucoup sur toi-même, pour que tout le monde soit en paix, et particulièrement ton frère. Et à ce que j’ai compris, tu as fait ça à chaque vie, même si tu n’en avais jamais conscience.

– Toriel…

Elle pleurait. Elle le regardait droit dans les yeux, un sourire frémissant aux lèvres, mais elle pleurait.

– Qu’y a-t-il de mal à t’épancher une fois auprès d’une amie, si tu en as besoin ?

– Toriel… !

Il se leva d’un bond, sembla dégager la table en la contournant, et se jeta dans ses bras. Elle caressa son crâne, vidée, mais étrangement sereine à la fois.

– C’est fini. Tu ne seras plus seul.

Elle glissa un regard vers la fenêtre, d’où elle pouvait apercevoir le ciel. La peur était là, elle doutait qu’elle puisse un seul jour la quitter, à présent. Mais ils étaient dans le temps incertain précédant l’averse, et il fallait en profiter.

C’était une si belle journée.