Mois : novembre 2015

The Show Must Go On

Petit fanart de Maxime Lasso de Salut Les Geeks.

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Impression sur Woyzeck de Georg Büchner, mis en scène par Ismaël Tifouche Nieto à la Cartoucherie de Vincennes

That titre à rallonge.

J’avais fait un article à ce sujet sur le Nuage, peu avant de le supprimer. Ismaël Tifouche Nieto, même si je le connais depuis peu, ainsi que son travail, même si je n’ai vu qu’une seule de ses mises en scène, m’ont réellement frappé au point de vouloir le connaître plus et appréhender son travail.

J’ai la joie de parler avec lui de temps en temps sur Facebook et de l’avoir rencontré In Real Life juste après avoir assisté une seconde fois à sa mise en scène dont je vais vous parler, de Woyzeck de Georg Büchner. Il se trouve qu’en faisant des recherches pour compléter un dossier il est tombé sur ledit article, et il m’a complimenté dessus (et je suis morte à l’intérieur en y repensant parce que voilà *^*). Cependant peu de temps après j’ai supprimé le blog, et l’article du même coup (même si je l’ai encore sur Google Drive (jamais je le supprimerais nom d’une couenne une de mes idoles m’a complimenté dessus)).

J’ai pensé à republier cet article ici, mais l’idée me botte pas. Ce n’est que la première partie, ça inclurait que j’écrive la seconde, ce qui me donne des responsabilités vis à vis de ce blog (et flemme), et puis y a des détails de cet article qui me restent en travers de la gorge. Mais j’avais quand même envie de parler de cette mise en scène.

Je cherchais une solution à ce propos ces derniers temps, et puis à l’instant, en parcourant mes dossiers, je suis tombée sur un fichier Word « Woyzeck ». Je pensais que c’était l’article, mais en fait non. Et ça date d’un mois après, donc c’est formellement exact. Je vous le mets faute de mieux. Bonne lecture !


07/07/15

Je ne connaissais pas Woyzeck avant d’aller voir ce spectacle à la Cartoucherie. C’était le second spectacle que ma classe de théâtre et moi allions voir dans ce petit théâtre de Vincennes, semblable à un parc entouré d’écuries, qui en rien n’évoque le théâtre au premier abord.

Le premier que nous avons vu était le Revizor, de Gogol. Une interprétation riche et intéressante, originale comme l’ont été toutes les interprétations qu’on a vu, mais celle-là, à mon grand étonnement, n’avait pas su nourrir mes attentes de spectatrice. Pourtant, je l’ai beaucoup aimé, mais le souvenir que j’en ai aujourd’hui tandis que j’écris ces lignes est dérangeant, négatif. Je ne parviens pas à me l’expliquer.

Pour voir Woyzeck, j’étais venue avec Laurine, une très bonne amie, qui partage avec moi les plaisirs de la première littéraire théâtreuse. Elle me guidait, mon pauvre sens de l’orientation ne me permettant pas de prendre d’initiative. Non loin du bâtiment où plus tard nous assisterions au spectacle, nous avons croisé les autres filles de notre classe, dont une ne faisant pas partie du groupe théâtre, mais qui avait été invitée à cause d’une absence. Elles faisaient de la balançoire les unes après les autres, et nous nous sommes longuement amusées, avec elles, à nous balancer, nous pousser, nous filmer et nous prendre en photo en riant.

L’heure approchant, nous avons quitté la balançoire à regret et nous avons retrouvé notre professeur, à côté d’une femme avec laquelle il discutait, sur les rebords de pierre non loin du bâtiment. Nous nous sommes installés près de lui tandis qu’il nous expliquait qu’il nous avait entendues crier comme des enfants de notre balançoire. Nous avons lu les vers affichés à l’entrée du théâtre (que je devinais être ceux entamant « La Divine Comédie » de Dante, car ils finissaient par Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance). Je me souviens que la présence de ces vers m’avaient fait appréhender, à cause d’un autre spectacle concernant « La Divine Comédie », que je n’avais pas du tout apprécié. Il y avait un chat qui gambadait sur l’herbe haute derrière nous, et il a été ma seule préoccupation jusqu’à ce que le spectacle commence, en grande amoureuse des félins que je suis.

L’adaptation d’Ismaël Tifouche Nieto a été une réussite totale. On est fasciné du début à la fin, et quand la lumière s’éteint pour la dernière fois sur le fredonnement hypnotique de Woyzeck, on prie presque pour que ce ne soit pas terminé.

Quand j’ai voulu lire la pièce, plus tard, pour comprendre un peu le drôle de déroulement qu’il y avait dans le spectacle, j’ai pu m’expliquer certaines de mes incompréhensions. La pièce est un manuscrit, les scènes sont indépendantes les unes des autres, se relient pour former une histoire, mais dans l’interprétation l’histoire a un ordre logique.

Je sais qu’il y a un gouffre entre le ressenti d’un lecteur et celui d’un spectateur sur une pièce. Je sais que les personnages ont plus d’envergure dans une mise en scène, car le travail d’un adaptateur est de les modeler. Je sais que le travail d’un auteur de théâtre ne pourra jamais offrir un rendu comparable à celui d’un metteur en scène.

Mais quand j’ai lu Woyzeck, après l’avoir vu, le personnage éponyme s’est divisé dans mon esprit.

Dans l’interprétation d’Ismaël Tifouche Nieto, Woyzeck est beau et pathétique, et je résume aussi brièvement que je peux mon ressenti sur cet être. Dans la pièce écrite que j’ai lue, le personnage n’est pas du tout comme ça. Peut-être que la traduction que j’ai lue était trop stricte, trop littérale. Quoi qu’il en soit, à la lecture je l’ai considéré comme ironique. Moqueur, glacial, arrogant, fier de sa mauvaiseté.

Je ne vais pas m’étendre sur la pièce écrite, car face à ce Woyzeck si différent, j’ai été déconcertée et je me suis refusé à insister dans ma lecture.

Le Woyzeck d’Ismaël Tifouche Nieto était incroyable. Je n’ai pas de mot plus juste pour le décrire. Je n’avais jamais privilégié le personnage principal d’une pièce, ni même d’une fiction quelconque avant ma rencontre avec celui-ci.

Imaginez deux femmes qui se vouent la plus grande haine. Ces deux femmes sont mères. L’enfant d’une de ces mères souffre. L’autre mère voit la douleur de cet enfant, ressent de la compassion à son égard, mais sa haine pour sa rivale la mène à le rejeter.

Le sentiment de cette mère pour cet enfant, c’est ce que nous inspire le Woyzeck d’Ismaël Tifouche Nieto. Un mélange parfait d’attirance et de répulsion.

Adieu Marie, tu es belle comme le péché. Est-ce que le péché mortel peut être aussi beau ?

Je crois que jamais réplique ne m’a autant frappé que celle-ci.  La parole de Woyzeck y est l’émissaire de sa douleur et de son incompréhension. Et probablement de son remords prématuré à l’idée de ce qu’il va accomplir. Et les mots mêmes sont parfaits, sont simples et beaux, sont plus que ce qu’ils ne montrent. Cette réplique s’est imprimée en moi.

Woyzeck, tu es beau comme la folie. Est-ce que la folie humaine peut être aussi belle ?

C’est ce que je me suis dit. Woyzeck en est l’exemple parfait : car dans ce rejet et cette attirance, dans ce désespoir et cette douleur, dans cet abaissement, Woyzeck est à la fois fou et beau, le coupable le plus innocent, un homme simple persécuté pour ces crimes que sont la pauvreté et la folie.

13 novembre

Nous étions des enfants, je m’en souviens : hier,

J’allais riant chantant à travers les chemins.

Je m’en souviens si bien, je vois encore tes mains,

Qui enlaçant la mienne, qui m’indiquant la mer.

On me dit immature, rien ne saurait m’atteindre,

On dit « Même la rose blanche envierait ta quiétude. »

Il paraît d’ailleurs que… Laissons les médisants

Je ne suis qu’une enfant luttant contre le temps

Je poursuis ce combat, qui n’est qu’une habitude.

Voilà le seul tableau qu’aimeraient bien dépeindre

Ceux qui cherchent alentour contemporains amers.

Nous étions des enfants qui restions jeunes en vain

Nous étions des enfants ; pas d’inquiétude, demain,

Nous serons des fidèles revenus à la poussière.