Petit récit se déroulant dans l’univers de Hordes, avec l’un de mes personnages adapté aux circonstances, inspiré de la chanson Heroes (we could be) d’Alesso. Hordes ne m’appartient pas, of course. 


 

La fin approche.
Ils ne sont plus que dix. Dix. Dix faibles citoyens face au flot infini de morts vivants qui les taraude depuis des jours, et qui bientôt aura droit à son dernier festin.
Il est monté sur la tour de guet le ventre noué, ce matin-là. Il a vacillé quand il les a vu. Trop. Ils étaient trop. Même pour les aménagements de défense considérable de la ville. Ils ne sont que dix face à ces monstres. La plus chétive erreur qui avait coûté la vie à quelques uns d’entre eux lors des premiers jours peut à présent avoir des conséquences bien plus lourdes.
Il a de la chance de n’avoir rien mangé depuis des jours. Il aurait sans doute déjà tout rendu.
Il est ensuite sorti quelques temps. Même s’il a pris soin d’arpenter les zones dénuées de créatures, au fond de lui il espérait que l’une d’entre elles échappe à sa vigilance et lui offre la mort qu’il attend, sans l’angoisse intenable des dernières heures du jour.
Mais ça n’est pas arrivé, il a même trouvé quelques précieuses ressources, qui malheureusement n’auront plus d’usage une fois la ville asservie. Il a même pu manger, il a trouvé un os sur lequel il restait un bout de chair. Il l’a dévoré en trois bouchées, abruti par l’odeur qui s’en dégageait
Il est rentré, et a regardé autour de lui. Le peu de gens qui reste s’était claquemuré dans la sécurité dérisoire de leur maison. Ce sera inutile : les défenses de la ville sont trop faibles. Quand minuit sonnera et que les hordes débarqueront, leurs aménagements personnels ne leur serviront à rien. Ils seront tirés, traînés, déchiquetés et dévorés vivants. Cette pensée fait peser dans son estomac le bout de viande avalé tout à l’heure.
Il regarde l’os, ultime reste de l’être dont provenait ce bout de nourriture. Il n’y a plus rien à manger dessus, bien sûr, mais il est long, et solide. Il se demande s’il pourrait se défendre contre une de ces bêtes avec ça.
Ca ne sauvera pas la ville, de toute façon. Quoique…
Il lève la tête et son regard tombe sur le bâtiment des veilleurs.
Il se mord les lèvres, examine de nouveau l’os : il ne suffira pas. Ses yeux tâtonnent et s’arrêtent enfin sur la banque de la ville. Il s’en approche, comme l’une de ces créatures attirées par un être à l’agonie.
Il se penche vers le coffre, et caresse, étourdi, l’imposant tas de ressources et de matériaux qui y sont rangés soigneusement. Les armes le fascinent. Il en prend une, sans y penser, la soupèse. Il réalise son crime, regarde autour de lui d’un air coupable, mais personne ne viendra le punir. Ils ont tous peur, tous perdu espoir. Tous comme lui ont pillé au moins une fois la banque, pour leurs propres intérêts souvent. Alors ça ne fait rien.
Il s’enhardit, prend les armes les plus efficaces qui restent ainsi qu’un sac pour en avoir le maximum, et s’inscrit à la veille. Il n’y a qu’une jeune femme dont il ignore le prénom pour défendre la ville avec lui. Elle n’est pas armée, mais il n’a pas le cœur de lui dire que lutter contre les morts vivants les mains vides est suicidaire. Il n’a pas envie de la voir se dérober et de devoir affronter les créatures seul. De toute façon, devenir veilleur est déjà un acte suicidaire en soi.
Le soir arrive trop vite à son goût. Il ressent de nouveau cette peur familière qui lui lacère le ventre. Il voit les silhouettes se découper à l’horizon, d’autant plus noires que le soleil couchant brille dans leur dos.
Les morts.
Alors, aussi étrange que cela puisse paraître, il n’a plus peur. Il empoigne ses armes, inspire. Une salve d’adrénaline monte en lui. Il sent, à ce moment précis, qu’il peut tout faire, qu’il luttera contre ces zombies jusqu’au bout et que quoi qu’il arrive, il sera un héros.
Un héros. Il éclate de rire, à la surprise de la jeune femme qui lui jette un regard de reproche.
– On pourrait être des héros, lui dit-il en souriant avant de s’avancer fièrement vers les hordes.

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