Retour à la Tempête : La Vie est un songe de Clément Poirée

Ça faisait des mois que je n’avais pas été au théâtre, mais une fois encore, mon parcours m’obligeant à m’y mettre, j’ai été voir une pièce cette semaine. Que je ne nommerai pas, par respect pour ses comédiens. C’était franchement désolant. Et gênant. Et je vais devoir l’étudier. Et je pleure. Je pourrais m’étendre là-dessus à l’infini, mais je vais simplement la résumer en un dialogue, avant de passer à ce qui nous intéresse :

Pendant l’entracte :

« Je m’ennuie, quelqu’un aurait une blague ?

– Oui, cette pièce. »

Voilà, autant vous dire que ma première expérience théâtrale depuis la rentrée n’était pas folichonne. Alors, puisque d’une part j’avais enfin de quoi m’en payer une, et puisque j’avais à présent une catastrophe théâtrale à compenser, je décidai d’aller hier à ma bien-aimée Cartoucherie pour voir un petit truc qui était à mon programme, Apocalyspe selon Stavros.

Mais puisque je suis un peu stupide (c’est important de le préciser, vraiment), je n’avais pas vérifié les horaires avant, et c’est à 16h08 précises que je me rends compte que ladite pièce commençait en fait à 16h. Puisque j’avais tout juste de quoi me payer une pièce à la Cartoucherie, je décidai donc d’aller jeter un coup d’oeil au site internet de la Tempête, l’un des théâtres dans le théâtre. [Le site de la Tempête a d’ailleurs été mis à jour récemment, et il est très joli]. Deux choix s’offraient à moi : La Vie est un songe, création originale, ou La Mort de Tintagiles (dont, je vous le dis franchement, j’avais eu la flemme de lire le résumé (mais j’irai la voir, promis)). Devinez ce que j’ai choisi ! (c’est pas comme si c’était dans le titre).

J’entre donc dans la salle, bondée, il me faut me caler sur le bord gauche, dernière place près de la scène à ma disposition (et aussi la seule place que j’ai le courage de prendre, puisque m’y asseyant je ne dérangeais personne). Je vois donc les choses de biais, ce que je prends pour un inconvénient, mais qui se révelera ensuite plutôt sympathique, puisqu’à mon rang même beaucoup de passages de comédiens vont se faire. Ça ne m’offre pas la vue sur le milieu, par contre, et les bruits de la lampe juste à côté se font parfois trop entendre, mais ça à part, ce n’était pas une mauvaise place.

Donc, La Vie est un songe s’ouvre sur un tableau étrange, des rideaux crasseux et presque en lambeaux tombant sur un sol donnant l’effet d’une neige poudreuse, et des pieds d’hommes entièrement peints en noir surgissant et y traçant leur chemin. Tableau très long (on a dû voir pendant près de cinq minutes ces ombres errer en silence), jusqu’à l’apparition d’une ombre portant une couronne (Basile, selon toute vraisemblance), qui lève son télescope vers le ciel. Puis l’ombre se fait, et la pièce commence.

Je ne vais pas m’étendre dessus, vous avez encore tout le mois d’octobre pour la voir, et je ne veux pas vous spoiler. Je dirai juste que c’est une pièce qui passe vite, dont le texte est difficile mais interprété plus que correctement, chaque personnage ayant la possibilité d’arracher dans ce lourd gâteau littéraire sa propre bouchée, chaque personnage pouvant revendiquer ce qu’il est, ce qu’il a été et ce qui adviendra de lui. Tous ont leur manière d’être attachants, et leurs qualités sont saupoudrées de leurs travers de sorte qu’on a face à nous un groupe authentique pour lequel on se lie facilement d’affection.

Je dirai juste aussi qu’il y a quelque chose de très vaguement steampunk dans l’habit de certains personnages qui m’a énormément plu, que l’histoire quant à elle se laisse dérouler de façon très nette, malgré quelques complexités. J’achèverai en donnant mon top cinq de mes personnages préférés, selon ma tradition. Parfois, je me prends de passion pour des personnages là où un seul devrait être aimé ou bien là où il n’y a pas de quoi, mais chacun est tellement haut en couleur dans La Vie est un songe que ce serait difficile pour moi de ne pas les évoquer :

5) Basile. Ça devait bien être difficile de jouer le rôle classique du personnage mauvais par excellence, qui pense tromper son destin en agissant contre lui. Mais Basile est ici une petite marmotte (il a quelque chose d’un Miro d’Arthur et les Minimoys, si vous me passez la comparaison), un être émotif sans être dramatique, petit, hésitant, faisant absolument de son mieux (c’est visible). J’aime surtout la façon dont on ne le vêt pas en monarque, puisque la pièce semble privilégier son aspect d’homme lisant les signes plutôt que celui du roi. D’une certaine manière, il évoque un peu un Tirésias égaré, troublé par ses devoirs. Même si ses défauts sont évidents, il garde fondamentalement quelque chose de bien intentionné. C’est assez miraculeux que cette espèce de Créon, tant attaché à son peuple qu’il en oublie les biens individuels, arrive à émouvoir sans sembler essayer.

4) Étoile. Je ne vais pas vous mentir, je ne suis pas férue de personnages féminins. Je suis profondément désolée pour ça, mais j’ai énormément de mal à m’y attacher, à m’y intéresser. Peut-être que j’aime simplement trop la façon dont un caractère influe un personnage masculin, ou peut-être est-ce l’amour, que je n’aime pas, et que les femmes tendent trop à représenter, sur toutes ses formes et toujours de la même manière. Quoi qu’il en soit, matière de théâtre, il n’y a que trois femmes que j’ai pu aimer. Antigone (pour des raisons évidentes, ce personnage est superbe), Marianne des Caprices de Marianne (enfin une femme qui me donne l’impression de questionner son statut au lieu de simplement servir de love interest nul au premier mâle geignant venu) et, aujourd’hui, Étoile. Voir autant de caractère chez une femme dans une intrigue amoureuse, la voir mener la barque, et surtout voir ce jeu, ces mimiques de poupée, ces déplacements de robot rouillé, cette drôlerie, m’ont franchement rafraîchie sur les femmes dans les pièces.

3) Astolphe. Je ne vais pas vous mentir, sitôt qu’il avait posé le pied sur la scène, j’ai commencé à l’apprécier, juste à cause de son apparence très carrée et sa tenue vestimentaire. Et son but, son rang, n’allaient pas me contredire : un personnage coincé dans son statut et ambitieux, c’est le genre que je préfère. Alors quand en plus je découvre qu’il n’est pas mauvais dans le sens que je pensais, et quand on découvre son caractère, je n’ai pas pu y résister. S’il avait eu la chance de développer plus d’intrigues dans le scénario, il serait probablement plus haut, peut-être premier ou deuxième, mais les choses sont ce qu’elles sont. Il est donc troisième

2) Clothalde. Idem qu’Astolphe, l’apparence attachante en moins. D’abord, je pensais que je n’allais pas particulièrement l’adorer. C’était un personnage cruel, et ce qu’il pouvait avoir de complexe me laissait indifférente, mais tout compte fait, son évolution dans la pièce détrompe cette impression.

1) Clairon. J’en suis tombée amoureuse dès l’instant où il est intervenu, peut-être même dès l’instant où il s’est redressé pour rectifier les paroles de sa partenaire d’infortune. Pour celui-ci, je suis fidèle à moi-même : le maître de ce top n’a pas une si grande prise sur l’intrigue, et à côté de certains peut sans doute sembler insignifiant, mais ce plaisantin m’a beaucoup fait rire, le naturel de son comique et de sa lâcheté hilarante en font quelqu’un de très facilement relatable. J’ai eu l’impression qu’il nous guidait tout le long, qu’il était un double de ce que moi-même aurais pu être dans ce contexte. Il a même réussi à m’émouvoir. En fait, je pourrais sans doute tenter d’esquisser une centaine d’arguments en sa faveur, mais en un simple mot, je me suis plus attachée à lui qu’aux autres. Pas que les autres soient moins bons, ni l’inverse. C’est juste tout à fait subjectif. Je l’aime, point.

En un mot comme en cent, allez voir cette pièce. C’est un petit régal, et même s’il m’a été donné de la voir purement par hasard, je n’en suis pas du tout mécontente.

Dhiatzs.

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