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Ce qui fait un bon ship, par le professeur Dhiatzs

Les critères qui vont être énoncés sont évidemment tout à fait subjectifs. Les personnages et oeuvres qui vont être évoqués ne m’appartiennent pas, excepté mes chers persos-modèles,’ Claude et Dominique, qui m’aideront à appuyer ma thèse

Critère 1 : Pas d’amour dans un premier temps, ou alors à sens unique. Claude aime Dominique, mais Dominique l’ignore. Ou alors Claude aime Dominique, mais Dominique n’aime pas Claude, jusqu’à ce que Claude fasse quelque chose de grave cool qui fait que Dominique l’aime enfin. Un ship, c’est comme un vœu : on pourra l’envisager de mille façons, faudra tout de même attendre qu’il se réalise pour laisser éclater sa joie.
– Si Claude et Dominique sont amoureux dès le début, ce n’est pas un ship, c’est un couple, et il n’y a aucun intérêt à en tirer sous l’angle d’un ship, on a vite épuisé la chose.
– À moins que la relation amoureuse en question soit le thème central de l’oeuvre (comme dans Yandere Simulator, dont le but est la conquête de Senpai par le personnage éponyme (à grands coups de couteau et d’actions barbares, certes, mais la conquête amoureuse reste le but de base)), l’amour d’un des deux personnages envers l’autre ne doit pas se manifester immédiatement. Ou alors le scénario doit l’éclipser. Sinon on se retrouve face à une situation digne d’une téléréalité.

Critère 2 : Des personnalités qui sont aux antipodes l’une de l’autre, mais un but commun, ou au moins des méthodes différentes s’ils ont les mêmes visées et des personnalités similaires. Les deux personnages sont ainsi « éclatés par l’esprit, réunis par le coeur » (C bo ou c pas bo ske jdi).
– Comme exemple, j’ai le John x Sherlock, de la BBC, qui marche très bien. On a l’humain et ô combien ordinaire John Watson, et l’anormal sociopathe détaché d’autrui, Sherlock. Cet écart entre eux deux pourrait en apparence les faire diverger complètement, mais ils ont un but commun : la recherche de distraction, d’agitation dans leur quotidien ennuyeux (John, l’ex-soldat auquel la guerre manque, et Sherlock, que la constance a tendance à faire replonger dans la drogue).
– Attention : il est question de personnalité, pas de statut. Un pauvre avec un riche, c’est non à moins que leurs personnalités ne s’accordent à leur condition.

Critère 3 : Soit le ship est évident, soit il est tout à fait random. Soit je place énormément d’indices menant le lecteur à conclure à une possible relation amoureuse entre Dominique et Claude, soit non. Les indices peuvent arriver au fur et à mesure, mais ils doivent être présents.
– Exemple de ship évident : Katniss et Peeta, dans Hunger Games, qui sont d’emblée liés par les Hunger Games, et qui dévoilent en plus un passé commun.
– Exemple de ship tout à fait random : Tonks et Lupin, dans Harry Potter. Il n’est jamais évoqué auparavant, le Patronus de Tonks devient un loup et ses cheveux gris, ce qui pourrait vaguement mener le lecteur à l’idée du ship, mais il n’y a rien dans le roman qui fasse escompter ce ship. Les deux personnages n’ont pas de relation particulière évoquée, il n’y a pas de signe avant-coureur. Mais le ship marche, et même carrément, parce que même s’ils sont amoureux l’un de l’autre, le fait que le lecteur ne s’y soit pas attendu permet de creuser la piste de ce qui ne lui a pas été dévoilé.

Critère 4 : Les personnages doivent se connaître, s’être croisés une fois, ou du moins l’un des deux entend parler de l’autre par un intermédiaire. Bon ça peut sembler basique comme ça, mais je n’aurais jamais shippé Moriarty avec Sherlock (toujours la BBC (toujours)) s’ils ne s’étaient pas rencontrés avant la piscine. Ou Sherlock avec John si l’ami de John (qu’on voit que dans l’épisode 1 (et dont je ne connais pas le nom)) n’avait pas parlé de Sherlock à John avant. Et ça tombe bien parce que c’est le cas. Éventuellement un passé commun, en fait.

Critère 5 : Les deux personnages ont déjà partagé un truc awkward. Un dialogue inexpliqué, un moment gênant. En bref l’un des deux (ou les deux) doit avoir du dossier sur l’autre. Je sais pas pourquoi, ça c’est mon petit critère perso. J’aime bien.

Bref, je peux grâce à tout ces critères noter mes ships  préférés sur 5 et les classer ! Wooouh ! Oui bah ça vous sert à rien et alors ? Soyez contents pour moi que diable ! Satanés gouniafiés d’égoïstes.

Dhiatzs

Fin de l’Histoire à la Colline

Le soir où j’ai vu Fin de l’histoire, j’étais seulement accompagnée de mon prof de théâtre et d’une camarade du groupe, Juliette. Nos camarades n’avaient pas eu envie de venir, ou étaient tout simplement indisposés.

Nous étions allés une seule fois à la Colline, pour un spectacle intitulé « Il faut toujours terminer qu’est-ce qu’on a commencé », dans une salle à l’étage. Une des pièces m’ayant le moins plu, à cause d’une note d’intention lue en classe qui donnait un espoir que la mise en scène n’a en rien comblé à mes yeux. J’avais donc un mauvais pressentiment, alors que je discutais théâtre avec Juliette quelques minutes avant la représentation. C’était une belle soirée, cependant, et l’appréhension s’est dissipée. Je me suis vite dit que peu m’importait au fond la qualité de la pièce qu’on allait voir. Assister à une représentation, en soi, me ferait du bien.

Les places que notre professeur nous a donné nous positionnait très bien : près de la scène, au troisième rang, du côté gauche. Juliette et moi continuions de bavarder quand la voix d’une femme, amplifiée par un micro, s’est faite entendre. Elle annonçait une rencontre possible avec les comédiens à l’issue de la pièce ainsi que les autres formalités du théâtre, puis les comédiens ont pris le relais.

Il a suffi de cinq minutes de jeu des comédiens pour que toutes mes appréhensions disparaissent, ainsi que mes préjugés concernant le théâtre de la Colline.

D’abord, Witold se présente, et commence à faire une critique de la poésie. Je grimace un peu, je n’aime pas vraiment les monologues qui exposent des avis sur un aspect social,  mais me force à l’attention, au cas où ces  mots se révèlent importants par la suite.

Et il se fait interrompre par un autre comédien. Je dis bien comédien, parce qu’une seconde, j’ai été perplexe : le ton est tellement naturel et badin que je me suis demandé si c’était le personnage ou le comédien qui parlait. Mais non : les personnages, tout au long de la pièce, ont presque tous cette voix naturelle, normale. Les comédiens font parler leurs personnages avec la voix du quotidien, et sans aller jusqu’à dire que c’est un choix judicieux, il a bien été fait tout du long et c’était une idée appréciable. Seule Élise Lhomeau adoptait une voix inhabituelle (même pour une comédienne) pour jouer ses personnages, et étrangement ce décalage fonctionnait.

Witold, donc, est coupé par son père qui lui demande de le présenter aux spectateurs ainsi que le reste de la famille, et ce avec une attitude de papa soucieux et légèrement réprobateur qui tranche complètement avec le sérieux de Witold. Je souris : je ne sais pas encore si c’est du lard ou du cochon. Nous découvrons vite une communauté sans activité particulière sinon leur obsession pour leur propre morale. Le père est affreux, la mère désespérée, les frères et sœur de Witold, mauvais, mesquins, pathétiques et/ou dérangés. Witold, le benjamin, est l’unique artiste de cette famille, le rêveur parmi les terres-à-terre.    La mise en scène est assez simple : un hall de gare en est le décor, mais les seuls objets mouvants dont ils se servent véritablement sont les bancs de gare et les tables. Le déroulement de la pièce m’a laissé confuse, j’en ai retenu je pense l’essentiel : à travers son départ prochain pour l’Argentine, la rencontre de sa famille avec son amie Krysia et celle avec l’étrange Josek, le mode de pensée avant-gardiste de Witold se dévoile à sa famille, qui compte absolument le faire changer d’avis. Ainsi les membres de sa famille mettent en place un débat philosophique créé à partir des pensées des gens qu’ils incarnent, et vont jusqu’à rejouer un morceau de l’Histoire selon la pensée de Witold pour lui montrer la vacuité de cette dernière. Le jeu dans le jeu m’a beaucoup amusé, et même si beaucoup des blagues liées à des connaissances politiques que je n’ai pas m’ont échappé, j’ai quand même beaucoup ri. Cela ne garantit pas de la qualité de la pièce, mais cet aspect potache m’a plu.

J’ai tout aimé. Les personnages tous plus abominables les uns que les autres. L’errance et la pensée de Witold, avec laquelle je me sens en phase. Les étranges délires. Le fait que les personnages usent parfois de micros, parfois non, pour s’adresser les uns aux autres. L’évolution de la pièce. La scène avec les valises pour figurer des pays. Il y a bien sûr eu des passages que je voyais traîner en longueur, mais c’est simplement mon absence de concentration au cours des spectacles en général qui devait en être la cause.

Je n’ai toujours pas lu L’Histoire, dont cette pièce est en quelque sorte une continuité originale, mais j’en ai fortement envie.

La fin surtout m’a profondément marquée. La violence soudaine, les propos de la famille, la musique, les lumières, l’abandon de Krysia et Josek, la danse calme de Witold et la chute de terre, tous ces éléments enchaînés dans une confusion totale.

Je n’ai pas bien compris cette pièce, et je dois sembler bien ingénue à quiconque lit ce compte-rendu, mais j’ai découvert que la valeur d’une pièce, du moins d’ordre sentimental, et ce pour moi, ne se situe pas uniquement dans le jeu, la mise en scène. Bien sûr on peut dire des choses négatives sur cette interprétation. Mais personnellement le calme nostalgique dans lequel je me trouvais quand je suis sortie dans la rue après l’avoir vue ne tolère aucune vision négative de cette pièce, même après coup.

Malike.

Impression sur Woyzeck de Georg Büchner, mis en scène par Ismaël Tifouche Nieto à la Cartoucherie de Vincennes

That titre à rallonge.

J’avais fait un article à ce sujet sur le Nuage, peu avant de le supprimer. Ismaël Tifouche Nieto, même si je le connais depuis peu, ainsi que son travail, même si je n’ai vu qu’une seule de ses mises en scène, m’ont réellement frappé au point de vouloir le connaître plus et appréhender son travail.

J’ai la joie de parler avec lui de temps en temps sur Facebook et de l’avoir rencontré In Real Life juste après avoir assisté une seconde fois à sa mise en scène dont je vais vous parler, de Woyzeck de Georg Büchner. Il se trouve qu’en faisant des recherches pour compléter un dossier il est tombé sur ledit article, et il m’a complimenté dessus (et je suis morte à l’intérieur en y repensant parce que voilà *^*). Cependant peu de temps après j’ai supprimé le blog, et l’article du même coup (même si je l’ai encore sur Google Drive (jamais je le supprimerais nom d’une couenne une de mes idoles m’a complimenté dessus)).

J’ai pensé à republier cet article ici, mais l’idée me botte pas. Ce n’est que la première partie, ça inclurait que j’écrive la seconde, ce qui me donne des responsabilités vis à vis de ce blog (et flemme), et puis y a des détails de cet article qui me restent en travers de la gorge. Mais j’avais quand même envie de parler de cette mise en scène.

Je cherchais une solution à ce propos ces derniers temps, et puis à l’instant, en parcourant mes dossiers, je suis tombée sur un fichier Word « Woyzeck ». Je pensais que c’était l’article, mais en fait non. Et ça date d’un mois après, donc c’est formellement exact. Je vous le mets faute de mieux. Bonne lecture !


07/07/15

Je ne connaissais pas Woyzeck avant d’aller voir ce spectacle à la Cartoucherie. C’était le second spectacle que ma classe de théâtre et moi allions voir dans ce petit théâtre de Vincennes, semblable à un parc entouré d’écuries, qui en rien n’évoque le théâtre au premier abord.

Le premier que nous avons vu était le Revizor, de Gogol. Une interprétation riche et intéressante, originale comme l’ont été toutes les interprétations qu’on a vu, mais celle-là, à mon grand étonnement, n’avait pas su nourrir mes attentes de spectatrice. Pourtant, je l’ai beaucoup aimé, mais le souvenir que j’en ai aujourd’hui tandis que j’écris ces lignes est dérangeant, négatif. Je ne parviens pas à me l’expliquer.

Pour voir Woyzeck, j’étais venue avec Laurine, une très bonne amie, qui partage avec moi les plaisirs de la première littéraire théâtreuse. Elle me guidait, mon pauvre sens de l’orientation ne me permettant pas de prendre d’initiative. Non loin du bâtiment où plus tard nous assisterions au spectacle, nous avons croisé les autres filles de notre classe, dont une ne faisant pas partie du groupe théâtre, mais qui avait été invitée à cause d’une absence. Elles faisaient de la balançoire les unes après les autres, et nous nous sommes longuement amusées, avec elles, à nous balancer, nous pousser, nous filmer et nous prendre en photo en riant.

L’heure approchant, nous avons quitté la balançoire à regret et nous avons retrouvé notre professeur, à côté d’une femme avec laquelle il discutait, sur les rebords de pierre non loin du bâtiment. Nous nous sommes installés près de lui tandis qu’il nous expliquait qu’il nous avait entendues crier comme des enfants de notre balançoire. Nous avons lu les vers affichés à l’entrée du théâtre (que je devinais être ceux entamant « La Divine Comédie » de Dante, car ils finissaient par Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance). Je me souviens que la présence de ces vers m’avaient fait appréhender, à cause d’un autre spectacle concernant « La Divine Comédie », que je n’avais pas du tout apprécié. Il y avait un chat qui gambadait sur l’herbe haute derrière nous, et il a été ma seule préoccupation jusqu’à ce que le spectacle commence, en grande amoureuse des félins que je suis.

L’adaptation d’Ismaël Tifouche Nieto a été une réussite totale. On est fasciné du début à la fin, et quand la lumière s’éteint pour la dernière fois sur le fredonnement hypnotique de Woyzeck, on prie presque pour que ce ne soit pas terminé.

Quand j’ai voulu lire la pièce, plus tard, pour comprendre un peu le drôle de déroulement qu’il y avait dans le spectacle, j’ai pu m’expliquer certaines de mes incompréhensions. La pièce est un manuscrit, les scènes sont indépendantes les unes des autres, se relient pour former une histoire, mais dans l’interprétation l’histoire a un ordre logique.

Je sais qu’il y a un gouffre entre le ressenti d’un lecteur et celui d’un spectateur sur une pièce. Je sais que les personnages ont plus d’envergure dans une mise en scène, car le travail d’un adaptateur est de les modeler. Je sais que le travail d’un auteur de théâtre ne pourra jamais offrir un rendu comparable à celui d’un metteur en scène.

Mais quand j’ai lu Woyzeck, après l’avoir vu, le personnage éponyme s’est divisé dans mon esprit.

Dans l’interprétation d’Ismaël Tifouche Nieto, Woyzeck est beau et pathétique, et je résume aussi brièvement que je peux mon ressenti sur cet être. Dans la pièce écrite que j’ai lue, le personnage n’est pas du tout comme ça. Peut-être que la traduction que j’ai lue était trop stricte, trop littérale. Quoi qu’il en soit, à la lecture je l’ai considéré comme ironique. Moqueur, glacial, arrogant, fier de sa mauvaiseté.

Je ne vais pas m’étendre sur la pièce écrite, car face à ce Woyzeck si différent, j’ai été déconcertée et je me suis refusé à insister dans ma lecture.

Le Woyzeck d’Ismaël Tifouche Nieto était incroyable. Je n’ai pas de mot plus juste pour le décrire. Je n’avais jamais privilégié le personnage principal d’une pièce, ni même d’une fiction quelconque avant ma rencontre avec celui-ci.

Imaginez deux femmes qui se vouent la plus grande haine. Ces deux femmes sont mères. L’enfant d’une de ces mères souffre. L’autre mère voit la douleur de cet enfant, ressent de la compassion à son égard, mais sa haine pour sa rivale la mène à le rejeter.

Le sentiment de cette mère pour cet enfant, c’est ce que nous inspire le Woyzeck d’Ismaël Tifouche Nieto. Un mélange parfait d’attirance et de répulsion.

Adieu Marie, tu es belle comme le péché. Est-ce que le péché mortel peut être aussi beau ?

Je crois que jamais réplique ne m’a autant frappé que celle-ci.  La parole de Woyzeck y est l’émissaire de sa douleur et de son incompréhension. Et probablement de son remords prématuré à l’idée de ce qu’il va accomplir. Et les mots mêmes sont parfaits, sont simples et beaux, sont plus que ce qu’ils ne montrent. Cette réplique s’est imprimée en moi.

Woyzeck, tu es beau comme la folie. Est-ce que la folie humaine peut être aussi belle ?

C’est ce que je me suis dit. Woyzeck en est l’exemple parfait : car dans ce rejet et cette attirance, dans ce désespoir et cette douleur, dans cet abaissement, Woyzeck est à la fois fou et beau, le coupable le plus innocent, un homme simple persécuté pour ces crimes que sont la pauvreté et la folie.

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