Catégorie : Récits

Ma traduction de « It’s Been So Long », The Living Tombstones

Ça m’arrive de temps à autres, pas vraiment de traduire, mais d’essayer de chantonner une chanson anglaise en français, en essayant de respecter le rythme de base. D’habitude, je ne le fais pas en entier, mais j’avais envie d’essayer avec It’s Been So Long, chanson que j’aime beaucoup. Je vous laisse donc le résultat.


 

J’ignore ce à quoi je pensais

En laissant mon fils seul

Et me voilà maudite, me voilà aveugle

Avec cette colère coupable et triste qui me nargue pour toujours

Je n’attends plus que la chute qui viendra un jour

Est-ce la vengeance que je veux

Veux-je voir quelqu’un me venger ?

Bloquée dans ce problème, je veux me libérer

Peut-être devrais-je courir, chercher avant qu’ils ne l’arrêtent

Dans peu de temps je serai une marionnette

Cela fait longtemps

Que je n’ai pas vu mon fils

Pris par ce démon

Par l’auteur du massacre sans nom

Depuis ce moment

J’ai chanté ce bête chant

Qui m’ouvre les paupières

Sur la santé de ta mère

Je voudrais vivre dans le présent

Celui de mes fautes passées

Mais le futur, quand je passe, ne cesse de me siffler

Je me rappelle seulement tes yeux et ton doux sourire

Et ces souvenirs brumeux me font bien gémir

Toutes ces justifications me tuent

Mais tuer n’est pas justifié

Que lui est-il arrivé ? Je suis terrifiée

Ça tourne dans ma tête, et les pensées vont, grandissant

J’aurais dû être là pour toi, mon enfant

Cela fait longtemps

Que je n’ai pas vu mon fils

Pris par ce démon

Par l’auteur du massacre sans nom

Depuis ce moment

J’ai chanté ce bête chant

Qui m’ouvre les paupières

Sur la santé de ta mère

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Dans le temps

Celle-là aussi commence à dater, mais après avoir découvert Undertale, j’aurais eu du mal à passer à côté d’un one-shot. Et en plus, j’aime beaucoup la relation qu’entretiennent Sans et Toriel.


 

Le vent frissonnait doucement entre les branches de l’olivier, et semblait caresser la nuque de Toriel, tandis qu’elle s’inclinait pour inspecter les fleurs.

Il avait plu toute la semaine. Pas une pluie torentielle et épaisse, ou bien ces quelques gouttes mesquines que crachotaient parfois les nuages d’été. Une pluie d’automne. Une qui ne tombait pas si dru, mais dont le bruit semblable au gargouillis d’un ruisseau faisait plaisir à entendre quand on était au chaud, à l’intérieur.

Les escargots étaient de sortie, traînant mollement leurs corps spongieux vers le parterre qu’elle avait planté avec Frisk, une semaine après leur arrivée. Elle sourit à la pensée de l’enfant lui tendant des bouquets, qu’il tenait enlacés dans ses bras trop courts. Comme cette vision lui avait manqué…

Elle frissonna et tira les pans de son manteau contre elle. Un cadeau d’Alphys. Elle devait être en train de regarder une série avec Undyne, ou de travailler. Toriel sourit. La savoir heureuse l’apaisait. Elle lui apporterait sans doute une tarte bien chaude, pour la remercier de son présent.

– Salut, m’dame.

La voix la fit sourire. Combien de fois ne l’avait-elle pas entendu, avant même de savoir à quoi ressemblait son propriétaire ?

– Bonjour, Sans.

Elle se redressa et se retourna pour le voir.

Le petit squelette râblé abordait ce jour-là un simple sweatshirt sur lequel deux souris parlaient de conquérir le monde. Probablement une référence, il faudrait qu’elle demande à Alphys. Toriel s’inquiétait davantage de le savoir si peu couvert, ce sweat, son éternel short et ses pantoufles ne lui garantissant aucune protection contre un éventuel rhume.

– Tu n’as pas froid ? l’interrogea-t-elle.

– Non, non, ça va, la rassura-t-il avec sa nonchalance coutumière.

– On peut aller à l’intérieur, ce serait sans doute mieux, insista-t-elle, anxieuse.

– Oh non, pas de souci. J’aimerais juste… m’asseoir avec vous ici et discuter un peu. Si je pluie me permettre, ajouta-t-il avec un clin d’oeil complice.

– Joli ! dit Toriel après un éclat de rire. Eh bien, asseyons-nous près des fleurs. J’aime me poser ici de temps en temps, c’est un endroit paisible.

Il s’exécuta. La sensation était en effet exquise : à genoux devant le parterre, sous le ciel gris qui pourtant ne laissait pas échapper la moindre goutte, ils semblaient reposer dans le temps. Dans le moment incertain précédant une éventuelle averse.

– Alors, de quoi veux-tu discuter ?

– Eh bien…

Il se tut. Il observait résolument les fleurs dont les pétales ternes annonçaient la mauvaise saison. Elle avait connu les silences étranges de Sans, ces petits moments de vide pesant où le squelette serein laissait place à un être nostalgique, les épaules tremblant sous le poids de l’univers. Elle lui laissa le temps. Le temps, ils l’avaient.

– Je suis désolé, dit-il finalement. Je… je ne sais pas ce que je fais ici.

Elle attendit encore un peu avant de murmurer :

– Tu n’es pas obligé d’attendre un moment précis pour venir me voir, Sans. Je suis toujours contente de t’accueillir, du moment que tu ne te lasses pas de moi.

– Vous êtes gentille, Toriel, murmura-t-il avec un sourire nerveux. Non, on dirait que je fais encore un de mes caprices. Si je reviens, mettez-moi dehors avec un coup de pied aux fesses, histoire que je me rappelle d’arrêter mes idioties.

– Tu sais bien que je ne le ferai pas, rit-elle doucement en caressant un pétale du pouce.

– C’est pour ça que je reviens à chaque fois, comme un imbécile. Regardez-vous, même vous, ça vous lasse. La première fois, vous étiez inquiète, vous m’avez posé des questions, et je répondais pas. À chaque fois, quand je viens, j’ai tout au bord de la mâchoire, mais ça ne veut pas sortir. Je sais bien que j’ai commencé quelque chose, et j’adorerais revenir en arrière, à un moment où je ne serais pas persuadé de devoir vraiment vous parler.

– Peu importe, Sans. Tu sais que tu ne me gênes pas. Si tu veux dire ce qui te tient à coeur, tu sais bien que, que ce soit maintenant ou dans cent ans, je serais prête à t’écouter. C’est pour toi que je m’inquiète. Ça doit t’oppresser, cette chose que tu as besoin de me dire.

– Oui, confessa-t-il dans un souffle.

– De quoi as-tu peur ?

Il leva le regard vers elle. Deux orbites creuses, simplement animées par de minuscules étincelles blanches, mais que Toriel avait toujours mieux su lire que n’importe quels globes oculaires. Dans ce gouffre noir et blanc, de la terreur. Du chagrin. De la haine.

– De tout, répondit-il.


 

Le soleil caressait de ses rayons le tronc de l’olivier, et réchauffait doucement la fourrure de Toriel. C’était un de ces jours où il faisait bon de ne rien faire, de rester allongé à profiter de la chaleur. Elle aimait l’astre diurne comme elle avait aimé les premiers pas hors des ruines.

C’était la saison des Glaces Gentilly du vendeur ambulant, des grands shows de Mettaton. La belle saison qui mettait Papyrus de belle humeur, plus encore que d’habitude. La saison des balades, des T-shirts, des éclats de rire et de la paresse.

Les fleurs étaient plus éclatantes que jamais. Toriel venait de les arroser, et veillait à présent sur elles depuis son rocking-chair.

– Salut, m’dame.

Elle se redressa, un sourire ravi aux lèvres.

– Sans !

Elle se leva pour aller le serrer dans ses bras. Il lui avait manqué.

– Comment vas-tu ? Viens donc t’asseoir !

Il entra, accepta le thé de fleurs d’or qu’elle lui offrit dès qu’il s’installa à table.

– Merci pour lé thé, ricane-t-il.

Elle gloussa en poussant une boîte de biscuits vers lui.

– Mais de rien, c’été un plaisir.

Il éclata de rire et rétorqua de plus belle. Leurs échanges de jeux de mots lui avaient manqué, tout comme ses petits haussements d’épaules, à chaque plaisanterie, comme pour s’en excuser. Elle était heureuse de pouvoir l’éloigner de ses pensées angoissantes, ne serait-ce que pour quelques minutes. Et il faut dire que la surface lui avait fourni des blagues à n’en plus savoir que faire.

– Tu connais l’histoire du panda ?

– Non, racontez ? rigole-t-il, encore hilare de la blague d’avant.

– C’est l’histoire d’un panda, il en avait marre, donc il se penda.

Il explosa de rire, tapant la table de la paume. Toriel riait de bon coeur aussi. Elle en avait une autre en tête, déjà.

– Oh, attends, écoute, écoute : Répite et répète sont sur un bateau. Répite tombe à l’eau. Qui reste-t-il ?

– Répète, sourit-il.

– Répite et répète sont sur un bateau. Répite tombe à l’eau. Qui reste-t-il ?

– Répète ? murmura-t-il, soudain incertain.

– Répite et répète sont sur un bateau. Répite tombe à l’eau. Qui reste-t-il ?

Elle se sentit soudain mal à l’aise. Elle avait été prise par l’enthousiasme du moment, et n’avait pas autant pesé la blague que nécessaire, pour savoir si elle était si drôle que ça. En voyant l’expression figée de Sans, elle se sentit le besoin d’arrêter ça.

– Pardon, elle était mauvaise, sourit-elle nerveusement.

– Non, non, c’est…

Elle eut l’impression qu’on lui frappait le coeur. Sans venait d’éclater en sanglots. Il prit son visage entre ses mains pour étouffer ces pleurs. En vain.

– Sans, qu’est-ce qu’il se passe ?

Les biscuits s’étaient éparpillés, en miettes et en morceaux. Les tasses de thé secouées avait dispersé des gouttelettes et entouré leur pied d’une auréole chaude. L’odeur familière et apaisante de la maison leur serrait à présent la gorge. Il se redressa péniblement.

– C’est… ce mot. « Répète ». Il y a…

Comment raconter ça ? Comment raconter ce qu’il avait fini par comprendre, dans le déni et la douleur ? Comment raconter combien il avait peur, pour son frère, pour ses amis, pour elle, pour lui ? Combien il avait peur que tout puisse être fini au moindre moment ?

Enfin, ça lui vint. Après toutes ces heures à venir se taire, à réprimer ce que son corps semblait tant vouloir raconter pour lui, il déversa tout. Ce qu’il avait compris de leur monde. De ce qui pouvait être sauvé, et réinitialisé. De Frisk.

– Tout peut finir. À tout moment, et pas seulement à son idée. Tout ce que je dis est tellement futile… on pourrait d’une seconde à l’autre ne jamais avoir eu cette conversation. Il pourrait d’une seconde à l’autre effacer l’endroit où nous sommes, et recréer un monde où nous souffrirons.

Un long silence suivi ces paroles sombres. Toriel était anéantie. Elle leva à peine les yeux quand il prit de nouveau sa tête entre ses mains.

– Je suis un ami épouvantable, gémit-il. Vous pouviez profiter, ne jamais avoir à souffrir de ça, et j’ai tout anéanti. J’ai tout…

Il ne pouvait pas finir sa phrase. Il en avait fini. Il avait jeté son fardeau à quelqu’un qui n’avait rien demandé, et voilà qu’il se sentait pire encore que s’il n’avait rien dit. Et le silence lui faisait tellement mal…

– Qu’as-tu anéanti ?

Il leva faiblement les yeux vers Toriel. Elle était résolue. Remplie de détermination.

– Tu hésitais à me confier cela, je comprends. Tu as pris beaucoup sur toi-même, pour que tout le monde soit en paix, et particulièrement ton frère. Et à ce que j’ai compris, tu as fait ça à chaque vie, même si tu n’en avais jamais conscience.

– Toriel…

Elle pleurait. Elle le regardait droit dans les yeux, un sourire frémissant aux lèvres, mais elle pleurait.

– Qu’y a-t-il de mal à t’épancher une fois auprès d’une amie, si tu en as besoin ?

– Toriel… !

Il se leva d’un bond, sembla dégager la table en la contournant, et se jeta dans ses bras. Elle caressa son crâne, vidée, mais étrangement sereine à la fois.

– C’est fini. Tu ne seras plus seul.

Elle glissa un regard vers la fenêtre, d’où elle pouvait apercevoir le ciel. La peur était là, elle doutait qu’elle puisse un seul jour la quitter, à présent. Mais ils étaient dans le temps incertain précédant l’averse, et il fallait en profiter.

C’était une si belle journée.

Le Bac(annale) perdblanc [titre non officiel], feat Minoris et Kachdozone

Parce que même si le côté « blanc » de cette immondice agréable examen n’est plus d’actualité, le stress est toujours là. Et il fallait bien que je mette ce sublime échange de vers travaillés, symbole universel de la détresse terminalère, quelque part.


Kachdozone : À m’asseoir sur l’bac blanc, une semaine, avec toi
Pleurer toute l’eau d’mon corps , tant qu’y’en a..

Dhiatzs : Te parler du bon temps, la première, toussa,
En flippant de concert avec toi
Et réviser un peu l’histoire et la géo
En maudissant la prof dans son dos

Kachdozone : Nous entendre mourir ,
Paske l’bac c’est trop dur
Envie de se cogner contre les murs

Minoris : J’AIM’RAIS PARTIR LOIN DU LYCÉE,
LOIN DES VILAINS PROFS, DES NOTES PÉTÉES,
J’VAIS DORMIR EN HISTOIRE, ÇA VA PASSER,
LA CARTE DE GÉO JE VAIS LA MANGER…

Dhiatzs : Mais non, Minoris, il faut aimer la vie
Et l’aimer même si
L’bac blanc nous soule bien et emporte avec lui notre flemme d’antan
Et nos jours insouciants

La plus belle de toutes

N’étant pas du tout novice en matière de procrastination, j’ai laissé ce one shot traîner dans mes dossiers Drive  pendant de longs mois. Je viens enfin de l’achever (immense soulagement nom de Zeus), du coup je le pose ici.

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C’était une idée qui lui était venue comme ça. Au sommet d’une montagne, dans le lit d’un torrent ou au milieu des bois, peut-être. Il ne savait plus. Un jour, pendant une de ses activités, elle était arrivée dans son esprit et ne l’avait plus quitté.

C’était une idée stupide, ridicule, même venant de lui, et surtout pour lui. Mais comme toute bonne idée stupide et ridicule, elle avait commencé à se faire un chemin dans son esprit, et à le convaincre. Sa faible raison n’avait pas pu lui tenir tête, sa peur quasiment inexistante non plus. À présent, elle logeait confortablement dans son cerveau, et n’attendait plus qu’il l’écoute ou la jette de côté.

Le problème qu’elle était venue résoudre s’était posé un matin de mai, alors qu’il faisait de la chute libre du haut d’une falaise. Comme d’habitude, il n’avait pas pris d’équipement, comme d’habitude, les battements de son coeur s’étaient accéléré pendant le saut, et comme d’habitude, il s’était abîmé quelques membres à l’arrivée. Tout s’était déroulé normalement, et pourtant… Les sensass n’avaient pas été présentes.
Il avait juste sauté d’une falaise, rien de plus. Dans son esprit, cette activité qu’il pratiquait tout le temps ne rimait plus à rien.
Ça l’avait beaucoup perturbé. D’habitude, une activité dangereuse et naturelle dès le matin l’aidait à être en forme pour la journée. Mais là… Rien. Seulement la stupéfaction à la vue de sa propre indifférence.
Il avait fait d’autres essais, toute la journée. Le résultat n’avait pas été plus concluant : il avait l’impression de se forcer. Ça ne lui était jamais, jamais arrivé. Il était parti se coucher, vidé, sans aucune trace en lui de sa niaque coutumière.
Le lendemain, il était d’emblée passé aux choses sérieuses, pour tenter de se réveiller une bonne fois pour toutes. Équitation, funambulisme, escalade, natation, le tout enchaîné et évidemment personnalisé, mais rien n’avait fait. Les pierres et épines déchirant sa peau tandis qu’un cheval le traînait, le vent lui faisant perdre l’équilibre durant son avancée sur un fil tendu entre deux volcans, l’eau le frappant violemment pendant son ascension sur une cascade, les piqûres du banc de méduse entre deux crawls, rien de tout ça n’avait pu émouvoir son corps de quelque manière.
Son humeur s’en était ressentie, et très vite les autres membres de Hero Corp s’étaient rendus compte du changement chez lui. Jean-Micheng l’avait bien défié à plusieurs reprises pour tenter de rallumer sa passion sportive, mais tous les records de son rival qu’il devait battre, tous les endroits dangereux qu’on lui avait proposé, toutes les compéts violentes auxquelles il avait assisté l’avaient laissé de marbre.
Il avait pourtant essayé de retrouver ses sensass perdues à travers des activités de plus en plus dangereuses, que même son esprit imaginatif de sportif téméraire n’avait jamais envisagé. Il les avait essayé les unes après les autres. Mille fois. Essayé, essayé, essayé, et plus il essayait, plus leur sens lui échappait. Plus il essayait, plus son corps devenait une carapace solide séparant ses émotions de ce qui pouvait les susciter.
Cette indifférence lui permettait de se détacher de tout. Son esprit se laissait aller à des réflexions philosophiques tout à fait décalées de ce qu’il faisait. Il pouvait être en train de réfléchir au sens de la vie en faisant de l’athlé sur des montagnes russes délabrées. A son rapport aux autres pendant l’accrobranche. Il pensait à tout, à rien, qu’il soit occupé ou non.
Il avait vécu des galères par milliers, des embrouilles avec sa famille, il avait parfois dû se séparer de ses potes, vivre dans des conditions déplorables, voire infernales, il était allé au mitard, mais rien, rien de tout ça n’avait pu effacer l’éclat dans ses yeux. Il l’avait toujours retrouvé, toujours. Grâce au sport.
Et il venait de perdre le sport.
Captain Sports Extrêmes ne voyait plus l’intérêt des sports extrêmes.
Et lors d’une de ses nouvelles tentatives, l’idée était venue. Pour rallumer sa flamme, pour se sentir bien de nouveau, il devait l’essayer celle-là, il devait voir. Les chances étaient faibles qu’il parvienne au résultat qu’il espérait, tout pouvait advenir, ou rien, ce qui serait pire, et alors ?
Il avait tout fait pour en arriver là, peut-être. Il l’avait côtoyée si longtemps. Oh, il n’avait jamais beaucoup fait attention à elle c’est vrai. Mais elle l’avait remarqué, et il l’avait remarqué. Il avait eu beau feindre l’ignorance, comment ne pas voir, comment ne pas sentir à quel point elle lui faisait de l’oeil ? Mais ce n’était pas elle, sa préoccupation, même si elle restait toujours là quoi qu’il fasse. Il l’avait toujours ignorée. Du moins jusqu’à aujourd’hui. À vrai dire, le rôle qu’elle tenait dans son existence n’était pas si agréable. Comme une mauvaise compét’ qu’il aurait à affronter tôt ou tard. Elle l’avait attendu, l’avait attendu lui, lui au-dessus de tout autre. Sans doute avait-elle contrebalancé sa frustration avec la pensée qu’un jour il viendrait à elle. Ce jour était arrivé. Ils le savaient tout deux.

Ses pieds se balancent lentement. Ses yeux regardent en bas l’étendue verte. Et il ne pense plus à eux. Plus aux sports, à ses amis, aux sensass, aux prix, aux cris, aux chutes. Il n’y a plus qu’elle, qui l’attend en bas. La dame de ses pensées. Elle envahit sa tête, qui se met à enfler douloureusement à cause de ces idées. Ouais, il faut qu’il change ça. Il ne peut pas juste osciller. Il ne pourra pas être toujours sur le fil, hein, il va falloir qu’il se décide.

– Karin ! on crie soudain au loin.

Cet appel l’égare entre les deux voies. C’est l’appel d’un ami, la voix de Doug. Il ne pourra pas lui expliquer, et expliquer aux autres, alors il va devoir le chasser. Il se retourne mollement.
Puis son coeur a un rebond soudain. Sur une grande bannière, on lui a écrit en lettres dorées “Joyeux anniversaire, Karin !!”. Avec des gens autour de tables, qui parlent et qui le regardent du coin de l’oeil, guettent mine de rien sa réaction, sourient déjà à moitié en le voyant peu à peu réaliser. Ils ont mis des couleurs sur la bannière, pas ringardes, pas celles qu’il aime, tout simplement les couleurs choisies. Des couleurs qui lui piquent fort les yeux.
Alors, étrangement, il se souvient de quelque chose qu’on lui a appris en classe, et pas en EPS. Quand on lisait les poèmes pour les apprendre par coeur, quand il avait toujours des zéros, qu’il passait ses journées suspendues aux barres à la récré, plus bravement que les grands. De tous les poèmes il n’en avait jamais retenu qu’un seul, un qui allait comme un gant au chenapan déjà intrépide et grande gueule qu’il était alors, et qui pour le casse-cou professionnel qu’il est, est toujours d’actualité. Le Cancre, de Jacques Prévert.

avec les craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.

Quelle espèce de pouffiasse fragile il fait, assis là sur son muret, avec ses yeux embués par les couleurs criardes de la banderole, à penser à un poème et ressasser son passé comme un héros de film américain. Quelle espèce de con, à se dire qu’il pleure parce que la banderole est brillante, comme un personnage sombre et tourmenté de shônen. Qu’il est bête, ce Karin. Et pourquoi pas se dire tout simplement qu’il est heureux de voir qu’ils y ont pensé ?
C’est alors que ça arrive. Le frisson le traverse, aussi vivement qu’un coureur durant le sprint final, le seul qui compte parce qu’il sera médiatisé. Un frisson d’émotion. Toutes ses tentatives des derniers mois, ses espoirs inutiles, ses obsessions toxiques, pour un résultat si simple. Il voit d’ici les gros titres : “Ému par une surprise d’anniversaire.”.
Il fixe l’étendue verte d’un oeil neuf. Elle lui paraît différente. Trop grande, trop lointaine. Il ne pourra pas la rejoindre, de là où il est. Et puis, il ne veut plus descendre.
Alors il trottine vers les autres, de plus en plus vite, fait un triple salto arrière et se brise la nuque. John la remet en place en secouant la tête : “T’es vraiment trop con, Karin.”.
Plus tard il fait nuit, et il pense à elle. Il parle avec Jennifer sans dire quoi que ce soit de particulier, et de toute façon elle ne l’écoute pas. Lui non plus ne s’écoute pas. Il regrette l’autre. La plus belle de toutes. Ç’aurait été la bonne occasion d’aller la voir, pense-t-il avec une amertume inhabituelle.
Elle l’attendra, va.
De toute façon, cette dame-là ne fait jamais le premier pas.

Héros

Petit récit se déroulant dans l’univers de Hordes, avec l’un de mes personnages adapté aux circonstances, inspiré de la chanson Heroes (we could be) d’Alesso. Hordes ne m’appartient pas, of course. 


 

La fin approche.
Ils ne sont plus que dix. Dix. Dix faibles citoyens face au flot infini de morts vivants qui les taraude depuis des jours, et qui bientôt aura droit à son dernier festin.
Il est monté sur la tour de guet le ventre noué, ce matin-là. Il a vacillé quand il les a vu. Trop. Ils étaient trop. Même pour les aménagements de défense considérable de la ville. Ils ne sont que dix face à ces monstres. La plus chétive erreur qui avait coûté la vie à quelques uns d’entre eux lors des premiers jours peut à présent avoir des conséquences bien plus lourdes.
Il a de la chance de n’avoir rien mangé depuis des jours. Il aurait sans doute déjà tout rendu.
Il est ensuite sorti quelques temps. Même s’il a pris soin d’arpenter les zones dénuées de créatures, au fond de lui il espérait que l’une d’entre elles échappe à sa vigilance et lui offre la mort qu’il attend, sans l’angoisse intenable des dernières heures du jour.
Mais ça n’est pas arrivé, il a même trouvé quelques précieuses ressources, qui malheureusement n’auront plus d’usage une fois la ville asservie. Il a même pu manger, il a trouvé un os sur lequel il restait un bout de chair. Il l’a dévoré en trois bouchées, abruti par l’odeur qui s’en dégageait
Il est rentré, et a regardé autour de lui. Le peu de gens qui reste s’était claquemuré dans la sécurité dérisoire de leur maison. Ce sera inutile : les défenses de la ville sont trop faibles. Quand minuit sonnera et que les hordes débarqueront, leurs aménagements personnels ne leur serviront à rien. Ils seront tirés, traînés, déchiquetés et dévorés vivants. Cette pensée fait peser dans son estomac le bout de viande avalé tout à l’heure.
Il regarde l’os, ultime reste de l’être dont provenait ce bout de nourriture. Il n’y a plus rien à manger dessus, bien sûr, mais il est long, et solide. Il se demande s’il pourrait se défendre contre une de ces bêtes avec ça.
Ca ne sauvera pas la ville, de toute façon. Quoique…
Il lève la tête et son regard tombe sur le bâtiment des veilleurs.
Il se mord les lèvres, examine de nouveau l’os : il ne suffira pas. Ses yeux tâtonnent et s’arrêtent enfin sur la banque de la ville. Il s’en approche, comme l’une de ces créatures attirées par un être à l’agonie.
Il se penche vers le coffre, et caresse, étourdi, l’imposant tas de ressources et de matériaux qui y sont rangés soigneusement. Les armes le fascinent. Il en prend une, sans y penser, la soupèse. Il réalise son crime, regarde autour de lui d’un air coupable, mais personne ne viendra le punir. Ils ont tous peur, tous perdu espoir. Tous comme lui ont pillé au moins une fois la banque, pour leurs propres intérêts souvent. Alors ça ne fait rien.
Il s’enhardit, prend les armes les plus efficaces qui restent ainsi qu’un sac pour en avoir le maximum, et s’inscrit à la veille. Il n’y a qu’une jeune femme dont il ignore le prénom pour défendre la ville avec lui. Elle n’est pas armée, mais il n’a pas le cœur de lui dire que lutter contre les morts vivants les mains vides est suicidaire. Il n’a pas envie de la voir se dérober et de devoir affronter les créatures seul. De toute façon, devenir veilleur est déjà un acte suicidaire en soi.
Le soir arrive trop vite à son goût. Il ressent de nouveau cette peur familière qui lui lacère le ventre. Il voit les silhouettes se découper à l’horizon, d’autant plus noires que le soleil couchant brille dans leur dos.
Les morts.
Alors, aussi étrange que cela puisse paraître, il n’a plus peur. Il empoigne ses armes, inspire. Une salve d’adrénaline monte en lui. Il sent, à ce moment précis, qu’il peut tout faire, qu’il luttera contre ces zombies jusqu’au bout et que quoi qu’il arrive, il sera un héros.
Un héros. Il éclate de rire, à la surprise de la jeune femme qui lui jette un regard de reproche.
– On pourrait être des héros, lui dit-il en souriant avant de s’avancer fièrement vers les hordes.

13 novembre

Nous étions des enfants, je m’en souviens : hier,

J’allais riant chantant à travers les chemins.

Je m’en souviens si bien, je vois encore tes mains,

Qui enlaçant la mienne, qui m’indiquant la mer.

On me dit immature, rien ne saurait m’atteindre,

On dit « Même la rose blanche envierait ta quiétude. »

Il paraît d’ailleurs que… Laissons les médisants

Je ne suis qu’une enfant luttant contre le temps

Je poursuis ce combat, qui n’est qu’une habitude.

Voilà le seul tableau qu’aimeraient bien dépeindre

Ceux qui cherchent alentour contemporains amers.

Nous étions des enfants qui restions jeunes en vain

Nous étions des enfants ; pas d’inquiétude, demain,

Nous serons des fidèles revenus à la poussière.

Les Anneaux de l’Apocalypse, extrait

En ce moment, je bosse sur un roman (ça fait vachement prétentieux je sais) (mais je bosse sur des romans depuis que je suis née en fait, c’est mon rythme de vie). Pour faire simple, ça s’appelle Les Anneaux de l’Apocalypse, et c’est l’histoire d’une fille à peu près normale qui va rencontrer des gens pas très très normaux.

J’avais réalisé cet extrait pour un forum d’écriture, et j’ai décidé de le publier ici, vu que c’est un des rares textes achevés que vous aurez le bonheur de lire ici.

Malike.


Il savait qu’il ne dormirait pas avant même de souhaiter une bonne nuit à Murmure.

Ça fait maintenant des heures qu’il se tourne et se retourne dans son lit, vainement : le sommeil ne vient pas. Il guette, dans la pénombre, des bruits de circulation, ou quelque chose de semblable qui pourrait avoir un effet de berceuse sur son esprit vitreux. Mais les seuls sons qui lui parviennent n’ont rien de régulier et l’angoissent profondément.

Il se demande s’il devrait réveiller quelqu’un, mais il balaie cette idée. Il ne veut pas déranger Murmure. Ni Aline. Il les dérange déjà bien assez toute la journée, autant les laisser profiter de leur nuit. Il n’a pas envie de se faire gronder par la professeure bizarre non plus, il a l’impression qu’elle ne l’aime pas. Elle avait déjà l’air de vouloir le gronder quand ils s’étaient rencontrés. Et l’autre homme aux cheveux oranges… Non. Il ne peut pas l’approcher lui. Non.

Murmure a eu l’air vexé, quand il a refusé de serrer la main de ce « baron Octobre ». Elle a dit qu’il n’avait pas à être jaloux, qu’elle connaît le baron depuis plus longtemps que lui et qu’il devrait se faire à cette idée. Il n’est pas jaloux, d’abord. C’est n’importe quoi. Et puis cet homme… Il ne peut pas. Lui-même ne comprend pas pourquoi. Il ne peut pas, tout simplement. Son fantôme est d’accord avec lui, d’ailleurs. Son fantôme…

Il secoue violemment la tête. Il ne doit pas s’égarer. Son problème, maintenant tout de suite, ce n’est pas l’autre homme aux cheveux oranges. C’est le fait qu’il n’arrive pas à dormir.

Il tâtonne. Il a besoin de lumière.

Ses doigts effleurent une surface lisse. Il ramasse la tablette de la professeure, qui dort dans le lit d’à côté. Elle l’a laissé allumée. La lueur éblouit ses yeux fatigués. Il ne déverrouille pas la tablette, il ne veut pas être indiscret, ce n’est pas bien, et puis il a juste besoin d’un peu de lumière. Il se lève, pousse doucement la porte pour ne pas qu’elle grince et commence à arpenter la maison. Parfois il tapote l’écran quand il commence à se mettre en veille.

Tout est silencieux. Personne n’a eu un petit creux pendant la nuit, ou soif, ou envie d’aller aux toilettes. Il n’y a que lui. « C’est triste d’être le seul éveillé la nuit », songe-t-il.

Une ombre surgit alors en face de lui.

Il sursaute violemment. C’est lui. Un miroir. Juste un miroir. Il se fixe quelques secondes. Il détourne le regard : il voudrait que la personne des miroirs soit là, lui tienne compagnie, mais elle doit dormir elle aussi. Il n’y a que lui dans le miroir, et il n’aime pas cette vue.

Il n’aime pas ce miroir. Il faudrait l’enlever. Il faudrait enlever tous les miroirs de la maison.

– Tous les miroirs de la maison, marmonne-t-il doucement en s’éloignant, éclairé par le fin halo blanchâtre de la tablette. Tous les miroirs de la maison…